Monday, April 13, 2020


De  l’immortalité de l’âme.  .

 Face aux mystères de l’univers les hommes n’ont pu que se livrer à des conjectures sur ce qui est au delà de leur savoir.  Seules instances à avoir répondu durant des millénaires à la question du sens, les religions ont  également pour fonction de conjurer  l’angoisse de la mort  faisant miroiter une promesse de vie éternelle ici-bas ou dans l’au-delà. Les premiers indices de la tentative de nos ancêtre de conjurer le spectre de la mort furent  la découverte de cadavres enterrés en position fœtale par l’homo sapiens il y a environ cent mille ans. Les objets trouvés autour des corps des défunts attestent de l’idée qu’il existait une nouvelle vie après la mort. Inspirée  de textes sumériens, l’épopée de Gilgamesh raconte la vaine quête d’immortalité de ce roi légendaire. Elle est une illustration de la condition humaine définie par l’inéluctabilité de la mort. La religion égyptienne avait pour enjeu fondamentale la question de la survie après la mort. Cette préoccupation explique pourquoi les anciens Égyptiens pratiquaient la momification et ont accordé  autant d’importance aux demeures des morts qu’à celles des dieux.  Dans le védisme antique le soma était une boisson d’immortalité. En   Grèce Pythagore est le premier philosophe  à formuler l’idée d’une séparation entre le corps et l’âme, d’  découle la croyance en l’immortalité de l’âme.   

  Les premières religions étaient à l’ origine  principalement orientées vers l’ici-bas. Accomplir des rites conformes aux commandements de la religion ayant pour fonction d’éviter le courroux des dieux  ou de s’attirer leurs faveurs ; de  produire des résultats espérés en termes de santé, de prospérité, de bonheur ou de victoire. Puis, au  bout d’une longue maturation, se produisit, autour du  Vie siècle avant notre ère,  un tournant moral dans l’histoire des croyances avec l’apparition concomitantes, en Grèce, au Proche-Orient et en Asie.  de philosophies et de religions introduisant la notion de salut individuel. Pour les Hébreux  récompenses et châtiments étaient des choses d’ici-bas. Le bonheur était promis par Dieu à ses fidèles dès la vie terrestre et non dans un lointain au-delà. Celui-ci était un vague séjour des morts, le shéol,  cesse de vivre l’être de chair et les  bons et les méchants  sont mélangés. Ce n’est que dans le judaïsme tardif après l’exil a Babylone où il entra en contact avec le mazdéisme, qu’apparaissent l’idée que l’homme n’est pas puni ou récompensé sur terre mais dans l’au-delà et les notions d’une existence post mortem et de la résurrection des morts.  Juifs,  chrétiens et musulmans adhérent à  la foi en un  seul Dieu, transcendant,  omnipotent,  créateur  de toute chose et éthique  et  à  l’idée de  l’immortalité de l’âme.  Croyant  à  l’existence de l’enfer et du paradis elles font  dépendre de la conduite ici-bas le salut  dans l’au-delà. De son coté le bouddhisme  a attaché une signification morale à l’antique religion  brahmanique dont la spiritualité se situait au-delà du bien et du mal. Il maintien la croyance en la métempsychose et au cycle des réincarnations. Les bons sont sensés se réincarner dans des êtres supérieurs et les mauvais dans des êtres inférieurs. Et  il indique la voie qui permet d’échapper à la loi du cycle infernal de naissances et de renaissances  et d’accéder au nirvana. Si tant est que l’enfer existe est-il vraisemblable que l’on soit éternellement damné pour des actions menées au cours d’une vie aussi éphémère sur terre ? Pour nuancer l’inéluctabilité d’un tel sort,  l’Eglise catholique a inventé la notion de purgatoire. Dans l’idée de réincarnation il y a au moins  la consolation d’avoir une seconde chance. Et je préfère de loin à l’enterrement la pratique de la crémation   les cendres se dissipent dans l’atmosphère.
Pour   la  gnose  et la philosophie  néoplatonicienne  les âmes individuelles qui émanent de l’Ame universelle et procèdent du Tout  sont prisonnières du corps qui est une  dégradation  matérielle de la Lumière primordiale.  Ce n’est qu’en abandonnant notre corps que nous pouvons faire un avec l’Etre suprême.  Ces conceptions sont proches de celles des grandes religions. Parmi les voies spirituelles  pour atteindre cette libération figurent  le renoncement hindouiste au monde,  l’extinction des désirs ouvrant l’accès au nirvâna bouddhiste  ou l’ascèse  pratiquée par les mystiques soufis et chrétiens.  Pour les  religions monothéistes  les    justes  rejoindront Dieu dans l’au-delà  après leur mort.  Mais  selon  le credo   chrétien de  la résurrection des corps (ou de la chair)  à  la fin des temps,  c’est  avec leur enveloppe charnelle qu’ils jouiront de  la vie éternelle.  Outre son invraisemblance qui a donné lieu à  de nombreuses exégèses   (ressusciterons –nous dans nos corps d’adolescents,   dans nos corps décatis  de vieillards si le sort nous a prêté longue vie,  ou dans nos corps spirituels ?) cette  croyance   n’est-elle pas  contraire  à la   conception de l’âme,  dotée  seule de l’immortalité  et d’une étincelle divine ?  Et que dire de  la description coranique   d’un paradis idyllique    les combattants  pour la foi seront accueillis par des houris vierges et lascives ?   Il faut sans doute  situer ces deux visions  dans le contexte des époques   crédules    elles ont été formulées.   C’est le cas particulièrement  de celle du Coran qui est typique des  sociétés patriarcales la femme est tenue pour une créature  inférieure.   
A quel moment l’espèce homo a-t-elle été pourvue d’une âme immortelle dont ses ancêtres singes étaient privés ? Nous savons aujourd’hui, que la  forme supérieure de  conscience dont l’homme est doté est l’aboutissement d’une longue évolution  qui  a pour origine les particules élémentaire issues du « big bang ». Cela pose la question fondamentale de la relation entre le corps humain, en particulier le cerveau,  et l’esprit au sujet de laquelle s’opposent d’une part  le dualisme et le monisme et d’autre part l’idéalisme et  le matérialisme philosophiques.  Pour les philosophes matérialistes l’esprit n’est autre qu’un processus physique. Tandis que dans Matière et esprit, Henri Bergson  soutient une conception dualiste de l’être : l’esprit existe par lui-même. Ce n’est pas un produit de l’activité biologique du cerveau. Théorie qui sera démentie par la neuroscience selon laquelle la distinction entre matière et esprit est moins nette qu’on ne pensait.
Après la mort nos atomes s’éparpillent dans l’univers, pour se réincarner à l’infini, dans d’autres combinaisons, dans d’autres corps, plus ou moins solides, plus ou moins éthérés.  La  théorie  hindouiste de la métempsychose  serait-elle pour autant  moins invraisemblable que la vision judéo-chrétienne de l’au de-là ? Les atomes sont éternels, mais  cela veut-il dire que notre identité survive indéfiniment aux  multiples recompositions subies par les particules  qui furent notre moi ?  Se peut-il qu’il en reste quelques traces ? Que la mémoire de notre bref passage sur terre continue toujours d’habiter telle ou telle particule de matière disséminée dans l’univers, à la manière des fantômes habitant certaines vieilles demeures ?
Mai 2005       

Saturday, March 14, 2020

Le désenchantement d’un monde.
Le soir de ma vie s’accompagne de la fin de mes illusions ;  du désenchantement de mon monde. Franco-libanais de cœur et de nationalité, il m’a été donné d’assister au déclin de la France et à la faillite du Liban. J’ai vécu en France de 1959 à 1970 à la grande époque où le général de Gaulle, revenu aux affaires, présidait aux destinées du pays. Personnalité historique française la plus marquante du XXe siècle, il a porté à son apogée le rayonnement et l’influence politique internationale de la France qui jouissait également alors d’une forte croissance économique et du plein emploi.
Cette période faste a fait place aujourd’hui à une crise multiforme, économique, sociale, sociétale et morale qui s’exprime de différentes manières. Qu’il s’agisse du mouvement des gilets jaunes provoqué par le sentiment de déclassement d’une frange de la population, du problème de banlieues devenues des « territoires perdus de la République » (selon le titre d’un ouvrage qui a fait grand bruit lors de sa parution, au début des années 2000) ou des polémiques autour de la thèse controversée du « grand remplacement » et de la menace que ferait peser l’islamisme sur la civilisation française. Cela étant dit, les Français jouissent d’une qualité de vie et surtout d’une protection sociale enviables, même comparées aux autres pays développés. Ce qu’exprime la boutade selon laquelle « ils se croient en enfer alors qu’ils vivent au paradis ».
Si les Français se plaignent de leur sort et conspuent leur gouvernement, que dire de la classe politique libanaise et du sort des Libanais dont l’horizon paraît bouché ! Les trente premières années de mon existence sont aussi celles des trente premières années glorieuses du Liban indépendant. Âge d’or qui lui a valu le surnom de « Suisse du Moyen-Orient » et a été suivi de sa descente aux enfers entre 1975 et 1990. Sa destruction aux mains de l’étranger et des Libanais eux-mêmes a suscité en moi une profonde amertume.
Quant à l’espoir entretenu par l’œuvre de reconstruction entreprise par Rafic Hariri, il n’a pas tardé à laisser place à la désillusion. La fin de la prépondérance chrétienne, les changements démographiques et la contre-culture représentée par le Hezbollah ont profondément altéré le visage du Liban. Les causes de son effondrement financier et économique sont connues : confessionnalisme, corruption, clientélisme, venues au pouvoir de partis issus des milices, collusion entre une oligarchie politique mafieuse et des milieux bancaires et d’affaires au détriment de l’intérêt de l’État et de la population, système financier alimentant un déficit et une dette publique insoutenables, et économie de rente décourageant les investissements productifs.
Le seul espoir de redressement réside dans la jeunesse qui s’est soulevée depuis le 17 octobre, bien que le civisme et la nature transcommunautaire du mouvement aient été entachés par les agissements des nervis d’Amal. Mince espoir démenti toutefois par la vague d’émigration de beaucoup de ces jeunes en quête d’un avenir meilleur. En effet, à supposer que les réformes nécessaires soient mises en œuvre, que des élections législatives fassent émerger une nouvelle classe politique, que le pays bénéficie d’une aide internationale et des revenus de l’exploitation de ses ressources potentielles de gaz offshore, il faudra des années pour que les Libanais retrouvent le niveau de vie qui était le leur avant l’effondrement. Ce qui signifie que beaucoup de gens de ma génération ne verront probablement pas le bout du tunnel.
Ibrahim Tabet,

Le crépuscule du Levant

« Nous autres civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles »
Paul Valéry



L’essor et le déclin des civilisations, des empires et des nations est une constante historique.  L’Europe occidentale n’atteignit le niveau de développement qui était le sien avant les invasions  barbares de l’Empire romain d’Occident qu’à la Renaissance. Et après  avoir dominé le monde, au XIXe siècle, elle est aujourd’hui en déclin.  Un déclin  toutefois très relatif comparé à  celui du  monde arabe  et  particulièrement au sort actuel des    pays du Levant : la  Palestine pratiquement rayée de la carte et   l’Irak, la Syrie et le Liban  qui font   figure d’Etats faillis.   Ancienne appellation du Proche-Orient  dans la vision  européocentrique du monde, le  Levant  revêtait, comme l’écrit  Edward Saïd dans « l’Orientaliste »,    une image  moins romantique  que   dépréciative,   justifiée par l’avance prise   par l’Occident sur l’Orient à partir de  la révolution scientifique et industrielle.   C’était occulter le legs de l’Orient  à  la civilisation occidentale et le fait que le  Levant vit l’aube de  la révolution agricole  et fut le berceau des plus anciennes civilisations,  de l’invention  de  l’écriture  et des  trois monothéismes. Au Moyen Age la civilisation arabo-musulmane  était plus avancée que  celle de l’Europe occidentale jusqu'à la destruction de Bagdad par les Mongols au XIIIe siècle.  Le Levant entra dès lors en décadence et  sa civilisation brillante a été  succédée par  un long crépuscule.  La « Nahda »,   suivie de l’accès à l’indépendance des pays du Levant au sortir  de la Deuxième Guerre mondiale a fait naître un  espoir de redressement.  Déjà au XIX siècle le Liban   était  en avance culturellement sur le reste  du Levant  ployant sous le joug ottoman. Et Il   a vécu un âge d’or durant les trente première années de son indépendance.  Tandis que la  Syrie et l’Irak étaient gouvernés par  des dictatures militaires adeptes d’un socialisme étatique économiquement inefficace. Que, depuis la « Nakba »  le sort du peuple palestinien n’a jamais été aussi désespéré. Et  qu’en Égypte  les lumières de la civilisation levantine cosmopolite dont Alexandrie fut l’un des phares se sont éteintes.  Divisé et impuissant,  le monde arabe est soumis à  l’hégémonie américaine et   marginalisé par les héritiers  des deux anciens grands empires historiques de la région   : l’Iran et la Turquie. Enfin,  même  s’il ne s’agit nullement d’exonérer l’Etat d’apartheid d’Israël, on dirait que l’histoire a  donné raison à  la légende biblique  selon laquelle Yahvé  aurait favorisé Isaac, fils de l’épouse légitime d’Abraham, Sara, par rapport à Ismaël fils de l’esclave, Agar, et ancêtre mythique des Arabes. Jamais ces derniers n’étaient en effet tombés aussi bas que maintenant, tandis qu’alors que les Hébreux avaient été réduits en esclavage par les Égyptiens et vaincus et occupés par les Assyriens, les Babyloniens et les Perses, Israël est aujourd’hui la première puissance militaire du Moyen- Orient. Et  les quinze millions de juifs comptent 137 prix Nobel alors que un milliard cinq cent millions de musulmans n’en ont décroché que sept.  Si l’ensemble du  monde arabo-musulman  est affecté par la régression culturelle causée  par la montée de l’islamisme qui menace également tous les régimes arabes, ce sont  cependant ( en plus de  la Lybie et le Yémen qui n’en font pas partie)   les pays du Levant dont le sort est le plus dramatique : la Palestine du fait de l’occupation et de l’oppression israélienne , l’Iraq depuis l’invasion américaine qui a enfanté Daech, et dont  80% de la  population chrétienne a pris  le  chemin  de l’exil, la Syrie en proie à une guerre dévastatrice  alimentée par des interventions étrangères ayant fait près  de quatre cent mille morts,   et le Liban dont l’effondrement  économique et financier actuel  a été aussi soudain que catastrophique   par la faute de ses propres dirigeants corrompus et du fait de l’action corrosive du Hezbollah. En revanche, alors que l’horizon des héritiers des Sumériens, des Phéniciens et des Omeyades n’a jamais paru aussi sombre, les fils des bédouins de la péninsule arabique connaissent une prospérité insolente. Mohammed Ben Salman est entrain de réformer les structures sociales moyenâgeuses de l’Arabie Saoudite. Et c’est aux Émirats et non à Beyrouth, autrefois pôle culturel de la région que le Louvre a établi une antenne. Mais la responsabilité du  naufrage du Liban  ne saurait être imputée à l’immense majorité des Libanais,  en particulier de sa jeunesse dont le soulèvement est porteur d’espoir. Et le développement des pays du Golfe est en partie redevable au dynamisme de la diaspora libanaise.
Ibrahim Tabet


Thursday, March 21, 2019


La crise de la France et de l’Europe

 Bien que le thème de ma conférence soit d’actualité, je l’ai surtout choisi parce que j’ai mal à la France, et suis choqué par la chienlit qui sévit depuis quatre mois et les scènes de violence comme celles de samedi dernier sur les Champs-Élysées.      
  Le phénomène des Gilets jaunes aurait été Impensable dans n’importe quel  autre pays européen dont la plupart des citoyens sont loin de jouir des mêmes avantages sociaux que les Français. Il est malheureusement révélateur de la gravité de la crise sociétale, morale et économique, que connait la France et   ne date pas du quinquennat Macron. La crise, d’aucuns parlent même de déclin annoncé de l’Europe, en proie à des divisions et au désamour de beaucoup de ses citoyens, n’est pas moins profonde. J’aborderai d’abord le cas de la France,  puis celui de l’Union Européenne, objet des  débats opposant européistes et eurosceptiques, à la veille des élections en mai prochain au Parlement européen. Je regrette de ne parler que des motifs d’inquiétude qu’inspirent la situation, de ma seconde patrie sans souligner ses aspects positifs, mais ce n’est pas l’objet de cet exposé. Je le terminerai néanmoins par une note d’espoir en conclusion
1 La crise de la France    
  Elu par défaut, Emmanuel Macron s’est positionné comme étant « en même temps » de gauche et de droite mais a en réalité adopté une politique de droite.   Malgré son impopularité record, il faut cependant reconnaître que c’est un des rares présidents depuis trente ans à avoir tenté, sans doute malhabilement, de  faire passer des réformes indispensables au redressement de la France. Mais il n’a pas pu ou voulu diminuer le nombre de fonctionnaires comme le préconisait François Fillon, ainsi que le fardeau insoutenable des dépenses publiques, les plus élevées du monde par rapport au PIB. Acquis aux thèses néolibérales, il a choisi de privilégier une politique de l’offre favorable aux entreprises et aux capitaux, supposée encourager les investissements, contribuer à résorber le chômage et améliorer la compétitivité de l’économie française. D’ des  mesures impopulaires comme la réforme du droit du travail, la suppression de l’ISF (impôt sur la fortune) destinée à enrayer la fuite des capitaux et l’adoption d’une flat taxe pour les entreprises. Alors que, parallèlement, les retraités et les classes moyennes et populaires ont vu une dégradation de leur pouvoir d’achat et de certains services publics.
   Le projet d’augmentation de la taxe sur les carburants, motivé par des considérations écologiques (encourager la transition énergétique) a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Il a exacerbé le  sentiment d’injustice d’une partie de la population et leur ressentiment envers un président soupçonné de  favoriser les plus riches et  de vouloir remettre en question le modèle social français. Nul ne conteste le creusement des inégalités qui n’est d’ailleurs pas  propre à la France. Lié à la libéralisation des échanges, il a favorisé la croissance  économique de l’Asie au détriment de l’Occident, entrainant la révolte des classes moyennes et populaires occidentales contre les classes supérieures globalisées.
   Cela ne justifie pas pour autant la tournure violente qu’a prise le mouvement des Gilets jaunes.  Et surtout les scènes de   pillage et de destruction de biens publics et privés  qui ont marqué les manifestations,  même s’ils sont surtout le   fait des Black-Blocks et des casseurs appartenant aux groupuscules d’extrême droite et d’extrême gauche. Particulièrement choquante a été  la profanation, le 1er décembre 2018,   du symbole national que représente l’Arc de triomphe dont l’image a fait le tour du monde  et  a gravement terni celle de la France à l’étranger. Signe du mal qui ronge la société française, ces casseurs saisissent  la moindre occasion,  même festive,  comme lors de la célébration de la victoire de la France à la coupe du monde de football pour exprimer leur haine de l’Etat et de la société en brulant des voitures et en saccageant des commerces.

Par delà le choc que suscite le  mouvement des Gilets jaunes la poursuite des réformes risque d’être définitivement compromise. Et les Français apparaissent comme les plus fondeurs, les plus prompts à manifester et les plus rétifs au changement parmi les Européens.

   Confronté aux revendications disparates et pour la plupart impossible à satisfaire des Gilets jaunes, M. Macron a fait face à des choix politiques et économiques qui  s’apparentent à la quadrature du cercle. La contestation ne faiblit pas malgré le grand débat national qu’il a initié, alors qu’il lui a été reproché de ne pas être à l’écoute du « peuple ». Et bien qu’il ait décidé des mesures en faveur du pouvoir d’achat qui couteront plus de 10 milliards d’euros 
Outre qu’elles contreviennent à la règle européenne de plafonnement du déficit public  à  3% du PIB, elles reviennent à renoncer à lutter contre la crise de la dette et du déficit  public. De plus, même si certaines  revendications des Gilets jaunes peuvent paraître légitimes, leur application ne pourra se faire sans une remise en cause du fonctionnement de l'Union européenne. Or en l'état actuel des traités, les États membres ne peuvent plus mener de politiques économiques et commerciales souveraines. A cela s’ajoute les pertes subies par l’économie françaises alors que le poids économique de la France par rapport à l’Allemagne n’a fait que décroitre et que le couple franco-allemand est de plus en plus déséquilibré en faveur de l’Allemagne.
  Les trente glorieuses et les années fastes le général de Gaulle présidait au destin du pays ne sont plus qu’un lointain souvenir. L’espoir d’un avenir meilleur a fait place à la désillusion. Le modèle social français est à bout de souffle. La désindustrialisation et le chômage structurel apparaissent comme une fatalité. Les  inégalités de richesse se creusent de plus en plus. Il existe une fracture entre les grandes villes et les zones rurales ; un sentiment  de déclassement des franges moins favorisées de la population et de  rancœur envers  les élites ; et  une mentalité d’assisté qui entrave toute velléité de  réforme de l’État providence.
  A ces problèmes économiques et sociaux s’ajoutent ceux posé par la présence en France de la population musulmane la plus importante d’Europe,  proportionnellement et en chiffres absolus, qui alimente la théorie du grand remplacement et la peur d’une islamisation de la France. Bien que la majorité des musulmans se soient intégrés, particulièrement inquiétants sont la montée de  l’islamisme radical, la menace terroriste  et l’existence de zones de non droit dans certaines communes  de banlieues, qualifiés de « territoires perdus  de la République ». On peut aussi déplorer la soumission de certains maires ou directeurs d’établissements aux revendications communautaristes, comme celle par exemple de ne pas servir de porc dans les cantines des écoles. Ou le fait de   bannir les arbres de Noël  des lieux publics au nom d’un intégrisme laïc qui nie les racines chrétiennes de la France. Cela dit il existe une autre forme de soumission, celle par exemple qui a conduit le chef de l’Etat à ignorer la différence entre antisémitisme et antisionisme.
  Si la majorité des Français est attachée au vivre ensemble entre chrétiens, juifs et musulmans, l’islamophobie de beaucoup de Français de souche, fait pendant à la rancœur de beaucoup de jeunes musulmans en particulier d’origine algérienne envers l’ancienne puissance coloniale. Problème qui n’existe pas au Liban tous les Libanais ont la même culture en partage.  Ce  défi sociétal a conduit le gouvernement français à tenter de promouvoir « un islam de France » ; alors qu’il n’y ne devrait y a avoir en principe que des musulmans en France. Et qu’il revient aux musulmans eux-mêmes de lutter contre l’islamisme radical
   Enfin les valeurs traditionnelles profanes et religieuses sont en recul face au courant libertaire dont la dernière manifestation a été le remplacement des mots « père » et « mère »  par « parent 1 » et « parent 2 » sur certains formulaires administratifs. Cette crise morale a été dénoncée entre autres par Eric Zeimour qui, dans « Le suicide français », analyse la perte de valeurs qui, selon lui, caractérise la France depuis mai 68, et dénonce  le communautarisme et l’action corrosive de l’immigration musulmane sur le modèle de laïcité républicaine. Ses positions sur le déclin des valeurs morales, la sécurité, l’islam, le reniement des racines chrétiennes de la France et l’Europe sont proches de celles du Front National rebaptisé Rassemblement National. Surfant sur la vague de mécontentement et d’inquiétude des Français, les sondages le placent en tête  des intentions de vote aux prochaines élections européennes.
2 L’Europe
  Les problèmes socioéconomiques de la France sont les mêmes auxquels font face  tous les gouvernements européens. Confrontés à la montée des mouvements populistes tentés par le protectionnisme, leur marge de manœuvre  est réduite face à  la globalisation des marchés des capitaux, des biens et des services et aux contraintes d’austérité posées par Bruxelles et la monnaie unique. Le Brexit, la venue au pouvoir de leaders populistes comme Mateo Salvini en Italie ou Victor Orban en Hongrie et la création du groupe de Visegrad  formé de 4 pays eurosceptiques (Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovaquie) traduit un rejet grandissant des dictats des eurocrates non élus de Bruxelles.    
  Il est moins question aujourd’hui de pousser plus loin l’intégration de l’Union Européenne que d’en recoller les morceaux. Et elle fait face à un défi quasi- existentiel : le contrôle des flux migratoires qui risque d’augmenter avec la croissance démographique de l’Afrique, et la difficile intégration de ses ressortissants musulmans. Bien que la majorité d’entre eux ne cherchent qu’à s’intégrer dans leur pays d’accueil, d’autres répugnent à adopter leurs mœurs et leurs valeurs. Un des phénomènes les plus visibles de ce problème est la prolifération du port ostentatoire du voile intégral qui est moins un signe de religiosité que d’affirmation identitaire. La réponse à ce problème varie selon les pays. Les deux cas extrêmes sont la laïcité à la française et le  multi culturalisme  britannique qui  ne cherche même pas à assimiler les minorités issues de  l’immigration. Et plusieurs pays ont adopté des mesures visant à assurer l’émergence d’un islam européen, telles que par exemple la formation des imams et l’interdiction du financement des lieux de cultes musulmans par des institutions ou des gouvernements étrangers. La sensibilité de l’opinion vis-à-vis de ce problème a été illustrée par la chute de la popularité d’Angela Merkel  suite à sa décision inconsidérée d’accueillir un millions de migrants en Allemagne. Et les dissensions entre les gouvernements européens sur la question des migrants ont provoqué entre autres une querelle entre Paris et Rome.

A entendre les cassandres du déclin de l’Europe et du péril musulman, il pourrait exister une analogie entre le sort de l’Empire romain et celui du vieux continent à la démographie en berne. Les musulmans représenteraient, pour emprunter la terminologie de Toynbee, un « prolétariat intérieur » et un « prolétariat extérieur » menaçant sa civilisation. Alors que la chute de Rome fut attribuée par les auteurs païens au dépérissement de ses vertus viriles causée par l’apparition du christianisme et l’abandon de ses dieux protecteurs, certains auteurs affirment aujourd’hui que la crise de la culture européenne (titre d’un livre d’Hannah Arendt) ne saurait être conjurée que par la réaffirmation de ses valeurs judéo-chrétiennes. Et ils fustigent pêle-mêle la déchristianisation, l’individualisme, l’hédonisme, la permissivité, le matérialisme et même le socialisme, qui seraient la cause du délitement des valeurs fondatrices de la civilisation européenne. Autrement plus inquiétants sont les mouvements d’extrême droite comme Pegida (« Les Européens patriotes contre l'islamisation de l'Occident »),

  Cela dit, en dépit des  cassandres de la décadence occidentale,  l’amollissement des vertus qui ont fait l’ossature de sa civilisation est relatif. Il  existe toujours  des citoyens français et  européens prêts à se mobiliser pour des causes  qu’ils estiment justes,  comme en témoignent  les manifestations  en faveur du sauvetage de la planète ou de davantage de justice sociale. Elles laissent  peut être entrouverte  la porte d’un redressement de la France  et l’Europe. Pas dessus tout,  les  valeurs occidentales fondées sur  les  droits de l’homme  sont  celles auxquelles aspire  tout homme épris de liberté et de dignité.  Et le sort des Européens,  ainsi que leur qualité de vie,  est infiniment plus enviable que celui des citoyens de bien d’autres régions du monde. En particulier le monde arabo-musulman en proie au fanatisme islamiste et où sévissent des régimes autoritaires et corrompus.  A preuve que c’est vers l’Europe que fuient les victimes des violences sectaires qui y font rage. 

  On assiste  peut-être aujourd'hui à la fin d’un mythe,  d’une ère  et d’un rêve.   Le mythe des vertus de l’ultralibéralisme. L’ère de la domination économique et technologique de l’Occident rattrapé  et bientôt dépassé par l’Asie. Et le rêve de la constitution d’une Europe Fédérale. Mais malgré les griefs qu’ont peut avoir contre les institutions et le fonctionnement de l’Union Européenne, elle représente l’unique chance qu’ont les pays européens de répondre aux principaux enjeux économiques, technologiques et sécuritaires du monde. Le Royaume Uni se mord les doigts d’avoir décidé d’en sortir. Et aucun pays européen, même l’Allemagne, ne fait seul le poids face aux Etats-Unis, à la Chine, à l’Inde ou à la Russie. S’il est utopique d’envisager un jour la naissance des Etats-Unis d’Europe, le traité d’Aix la Chapelle entre la France et l’Allemagne peut contribuer à doter l’Europe d’un contrepoids face à ces géants. Même s’il consacre la tendance vers une Europe à deux vitesses.  
                                                         
Ibrahim Tabet, Conférence donnée le 19 mars 2019, à  Ninar, l’Espace culturel libanais    



Sunday, January 27, 2019


Considérations sur le mouvement des Gilets jaunes  
   Elu par défaut,  Emmanuel  Macron  s’est positionné comme étant « en même temps » de gauche et de droite mais a en réalité  adopté une politique  de droite.   Il lui est également  reproché sa suffisance et le  fait de ne pas être à l’écoute   des Français. Malgré   son impopularité record,  il faut   cependant reconnaître que c’est un des rares   présidents  depuis trente ans à avoir   tenté, sans doute malhabilement et trop rapidement,   de  faire passer des réformes indispensables au redressement de la France.  Acquis  au libéralisme économique et européaniste   convaincu ,   il a choisi de privilégier une politique  de  l’offre favorable  aux  entreprises et aux capitaux,   supposée  encourager les investissements,  contribuer  à résorber le chômage et   améliorer   la compétitivité de l’économie française. D’   des  mesures comme la réforme du droit du travail, la suppression de l’ISF (impôt sur la fortune) destinée à enrayer la fuite des capitaux  et l’adoption d’une flat taxe pour les entreprises.  Alors que, parallèlement, les retraités et  les classes moyennes et populaires ont  vu  une dégradation de leur  pouvoir d’achat et de certains services publics. Ne pouvant   encore augmenter  le poids déjà insupportable des impôts et taxes,  le gouvernement   a   été contraint   de diminuer le nombre de fonctionnaire  et de rogner sur le niveau  insoutenable  des prestations sociales.  Des mesures aussi impopulaires l’une que l’autre.
   Le projet d’augmentation de la taxe  sur les carburants, motivé par des considérations écologiques   (encourager la transition énergétique)   a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Exacerbant  le  sentiment d’injustice  d’une majorité de la population et leur ressentiment envers un  président  soupçonné de  favoriser les plus riches et  de vouloir remettre en question le modèle social français,  il est à  l’origine du  mouvement des Gilets jaunes.   Malgré  la tournure violente  qu’il a prise, il continue de bénéficier de    l’approbation d’une majorité de Français. Mais  cela ne justifie nullement   les scènes de   pillage et de destruction des biens publics  qui ont marqué les manifestations et   ne sont pas le seul  fait des casseurs et des militants d’extrême droite et d’extrême gauche. Particulièrement choquante a été  la profanation, le 1er décembre 2018,   du symbole national que représente l’Arc de triomphe dont l’image a fait le tour du monde  et  a gravement terni celle de la France à l’étranger. Tandis qu’une semaine après ce samedi noir,  Paris offrait l’aspect désolant d’une ville en état de siège et de blindés stationnés sur les Champs-Elysées.
   Par delà le choc et l’incompréhension que suscite  cette quasi insurrection,  il y a   deux  choses  plus préoccupantes  :   le  fait que,  parmi  les peuples  jouissant d’un niveau et d’une qualité de vie comparable, les Français apparaissent comme les  plus frondeurs,  les plus insatisfaits de leur sort,  les plus attachés à  leurs droits acquis, les plus prompt à manifester  et les plus rétifs au changement.   Et le fait que  la poursuite des réformes  apparaisse  comme  définitivement compromise.  Nul ne conteste le creusement des  inégalités  lié à la globalisation financière qui n’est  d’ailleurs pas le propre de   la France. La  mondialisation et  la libéralisation des échanges  ont également favorisé la croissance  économique de l’Asie au détriment de l’Occident, entrainant la révolte des classes moyennes et populaires occidentales contre les classes supérieures globalisées.
   Confronté aux revendications  aussi excessives et disparates soient elles  des Gilets jaunes   dont l’aile la plus dure a été  jusqu'à réclamer la démission du président et la dissolution de l’Assemblée,   et alors  qu’il est l’objet d’une haine viscérale et irrationnelle,  M. Macron  a fait    face  à des choix politiques  et économiques qui  s’apparentent  à la quadrature du cercle.  Malgré sa volonté affichée de « tenir le cap », il  a été contraint d’annuler  l’application du décret sur l’augmentation de la taxe sur les carburants  et de décider   certaines mesures en faveur du pouvoir d’achat. Trop  tard et trop peu clame  l’opposition et la majorité du mouvement des Gilets jaunes  qui ne  dispose par ailleurs pas de représentants  attitrés avec qui il est possible de dialoguer. Outre qu’elles contreviennent à  la règle européenne de plafonnement du déficit public  à  3% du PIB,   ces mesures reviennent  à renoncer à lutter contre la crise de la dette et du déficit  public, alors que   la France  est  le pays dont le taux des dépenses publiques, y compris  et surtout les  dépenses sociales, par   rapport au PIB  est le plus élevé du monde. A cela s’ajoute les pertes subies par l’économie françaises  et le fait que l’autorité du président de la République au niveau local  et international ait été sérieusement entamée.   
   Davantage que la plus grave crise du quinquennat et  que celle du modèle français, cette crise reflète celle que traversent   tous  les gouvernements européens.     Confrontés  à   la  montée des mouvements  populistes tentés par le protectionnisme, leur marge  de manœuvre  est réduite  face  à  la globalisation des marchés des capitaux des biens et des services et  aux contraintes  d’austérité posées par Bruxelles et  la monnaie unique.  Si les revendications des Gilets jaunes peuvent paraître   légitimes, leur application ne pourra se faire sans une remise en cause du fonctionnement de l'Union européenne. Or en l'état actuel des traités, les États membres ne peuvent plus mener de politiques économiques et commerciales souveraines. On assiste  peut-être aujourd'hui à la fin d’un mythe  d’un rêve et d’une ère.   Le mythe des vertus de l’ultralibéralisme. Le rêve entretenu  par Emmanuel Macon d’une Europe unie allant vers une intégration plus poussée. Et l’ère de la domination économique et technologique de l’Occident rattrapé  et bientôt dépassé par l’Asie. Quoi qu’il en soit  son autorité au niveau local et international a été sérieusement ébréchée et les pertes  subies par  l’économie française  et à  venir  sont considérables.

Ibrahim Tabet


Monday, November 26, 2018


Le communautarisme : un virus prolifique 
   La mondialisation, le retour du religieux et l’accroissement des flux migratoires ont favorisé les crispations identitaires, le populisme et le virus  du communautarisme. Institutionnalisant ou faisant prévaloir les spécificités et les revendications  des communautés  ethnolinguistique ou religieuse,   cette idéologie   conduit-elle à l’éclatement de la société et de l’État en plusieurs groupes d’appartenances au détriment de l’intérêt national ?  Est-elle  un danger  ou un système de gestion approprié de la diversité socioculturelle ? Les réponses à ces questions    dépendent du contexte historique, de l’homogénéité de la population et de la philosophie politique de chaque pays. Le laïcisme français et le  confessionnalisme politique libanais constituent à cet égard deux « idéaux types » opposés. Tandis que le multiculturalisme représente une  voie moyenne.  C’est le cas par exemple au  Canada. Pays fédéral, constitué à l’origine de deux communautés distinctes,  il  considère le pluralisme culturel comme une richesse et reconnaît   le  droit à  la différence des  populations issues de l’immigration. C’est  aussi le cas aussi du modèle  britannique qui ne cherche pas à assimiler les immigrés. Il existe ainsi à Londres des quartiers entiers où le séparatisme identitaire est visible et il ne viendrait jamais à l’idée des autorités d’interdire, comme en France, le port du voile intégral dans l’espace public.  
   Le Liban constitue de facto une fédération de communautés à  base non territoriale. Héritier du système des millets ottoman, le confessionnalisme libanais pervertit autant la sphère politique que socioculturelle, empêchant l’émergence d’une véritable citoyenneté. Instauré  " à titre provisoire " par la Constitution de 1926,  il a été malheureusement renforcé.  La montée de l'islamisme ainsi que le déclin démographique des chrétiens font qu’il est sans doute trop tard pour inverser cette dérive. Cela dit la sécularisation formelle des institutions n'a pas empêché l'accaparement du pouvoir par les  alaouites en Syrie.  Si le modèle  politique « consociatif » du Liban souffre de nombreuses tares, dont celles de favoriser la mauvaise gouvernance et la paralysie, il lui a du moins évité de subir le sort de la Syrie.  Et un système similaire de  partage  communautaire du pouvoir a  été considéré comme le meilleur moyen de mettre fin au conflit en Irak. .  
   Erigée en quasi-religion  par  la Révolution Française,  la laïcité a été codifiée  par  la loi de 1905  de séparation de l’Église et de l’État. Alors que la République ne reconnaît que les individus, elle se heurte de plus en plus  à des revendications identitaires, de la part de groupes islamistes gagnés par la propagande salafiste, contraignant nombre d’édiles à  la « soumission ».   Il existe à l’inverse un  « intégrisme  laïc »  qui  va jusqu'à vouloir bannir les signes religieux chrétiens dans l’espace public. Et des voix   dénoncent,  à l’instar d’Eric Zeimour,  « Le Suicide français ».  Alors que le modèle français  a réussi  à assimiler les vagues successives d’immigrés d’origine européenne  partageant les mêmes valeurs, il peine à le faire avec les musulmans.  Bien qu’une  majorité se soit intégrée, une partie d’entre eux,  surtout la jeunesse défavorisée des banlieues, ne le sont pas, ou plutôt refusent de l’être.  Des communes de certains départements ont été ainsi  qualifiées de « territoires perdus de la République ». Des  bandes de casseurs  expriment leurs frustrations  et leur rancœur envers l’ancienne puissance coloniale  en saccageant des commerces et en brulant des voitures. Et plusieurs attentats terroristes ont été  perpétrés par des Français d’origine maghrébine ou africaine. Ce  défi sociétal doublé d’une  menace sécuritaire,  a conduit l’Etat, depuis la présidence de Nicolas Sarkozy,  à tenter de promouvoir « un islam de France » ; alors qu’il n’y a  en principe qu’un islam ou des musulmans en France. Il est même question à cet effet d’amender éventuellement la loi de 1905.  Mais l’Etat laïc doit-il se mêler de religion ?  Ne revient-il pas aux musulmans eux-mêmes  de lutter  contre l’islamisme radical et de prôner un islam plus libéral ?
   En réalité le communautarisme à l’anglo-saxonne et la laïcité à la française éprouvent autant de difficultés à gérer le problème posé par la croissance des populations musulmanes d’Europe. Ce problème a été aggravé pas l’afflux massif récent de migrants noirs et musulmans en provenance du Moyen-Orient du Maghreb et d’Afrique subsaharienne. L’incapacité des pays de l’Union Européenne à y faire face a mis en relief leurs divisions. Elle  explique, entres autres, la popularité d’un Matteo Salvini en Italie ou d’un Victor Orban en Hongrie. Tandis qu’à l’inverse Angela Mekel paie le prix de son accueil inconsidéré de plus d’un million de migrants en Allemagne qui traduit sa méconnaissance totale des réalités. Il n’est donc pas étonnant que l’on assiste à une montée des mouvements d’extrême droite qui allient ultranationalisme, islamophobie et méfiance envers Bruxelles. Percevant l’islam comme une menace contre la civilisation européenne, ils se proposent de lutter contre son « islamisation » rampante. C’est le cas du Front National rebaptisé «  Rassemblement National ». Ou de l’Allemagne  qui a été le théâtre de manifestations antimusulmanes de la part de groupuscules racistes d’extrême-droite, comme PEGIDA (Les Européens Patriotes contre l’Islamisation de l’Occident) qui sont dénoncés par la majorité de l’opinion. L’intégration des populations  musulmanes présentes en Europe et l’enrayement des flux migratoires que risque d’entraîner l’explosion démographique en Afrique apparaît donc comme un des principaux défis, quasi existentiel, qu’elle devra affronter.  

Ibrahim Tabet