Thursday, March 21, 2019


La crise de la France et de l’Europe

 Bien que le thème de ma conférence soit d’actualité, je l’ai surtout choisi parce que j’ai mal à la France, et suis choqué par la chienlit qui sévit depuis quatre mois et les scènes de violence comme celles de samedi dernier sur les Champs-Élysées.      
  Le phénomène des Gilets jaunes aurait été Impensable dans n’importe quel  autre pays européen dont la plupart des citoyens sont loin de jouir des mêmes avantages sociaux que les Français. Il est malheureusement révélateur de la gravité de la crise sociétale, morale et économique, que connait la France et   ne date pas du quinquennat Macron. La crise, d’aucuns parlent même de déclin annoncé de l’Europe, en proie à des divisions et au désamour de beaucoup de ses citoyens, n’est pas moins profonde. J’aborderai d’abord le cas de la France,  puis celui de l’Union Européenne, objet des  débats opposant européistes et eurosceptiques, à la veille des élections en mai prochain au Parlement européen. Je regrette de ne parler que des motifs d’inquiétude qu’inspirent la situation, de ma seconde patrie sans souligner ses aspects positifs, mais ce n’est pas l’objet de cet exposé. Je le terminerai néanmoins par une note d’espoir en conclusion
1 La crise de la France    
  Elu par défaut, Emmanuel Macron s’est positionné comme étant « en même temps » de gauche et de droite mais a en réalité adopté une politique de droite.   Malgré son impopularité record, il faut cependant reconnaître que c’est un des rares présidents depuis trente ans à avoir tenté, sans doute malhabilement, de  faire passer des réformes indispensables au redressement de la France. Mais il n’a pas pu ou voulu diminuer le nombre de fonctionnaires comme le préconisait François Fillon, ainsi que le fardeau insoutenable des dépenses publiques, les plus élevées du monde par rapport au PIB. Acquis aux thèses néolibérales, il a choisi de privilégier une politique de l’offre favorable aux entreprises et aux capitaux, supposée encourager les investissements, contribuer à résorber le chômage et améliorer la compétitivité de l’économie française. D’ des  mesures impopulaires comme la réforme du droit du travail, la suppression de l’ISF (impôt sur la fortune) destinée à enrayer la fuite des capitaux et l’adoption d’une flat taxe pour les entreprises. Alors que, parallèlement, les retraités et les classes moyennes et populaires ont vu une dégradation de leur pouvoir d’achat et de certains services publics.
   Le projet d’augmentation de la taxe sur les carburants, motivé par des considérations écologiques (encourager la transition énergétique) a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Il a exacerbé le  sentiment d’injustice d’une partie de la population et leur ressentiment envers un président soupçonné de  favoriser les plus riches et  de vouloir remettre en question le modèle social français. Nul ne conteste le creusement des inégalités qui n’est d’ailleurs pas  propre à la France. Lié à la libéralisation des échanges, il a favorisé la croissance  économique de l’Asie au détriment de l’Occident, entrainant la révolte des classes moyennes et populaires occidentales contre les classes supérieures globalisées.
   Cela ne justifie pas pour autant la tournure violente qu’a prise le mouvement des Gilets jaunes.  Et surtout les scènes de   pillage et de destruction de biens publics et privés  qui ont marqué les manifestations,  même s’ils sont surtout le   fait des Black-Blocks et des casseurs appartenant aux groupuscules d’extrême droite et d’extrême gauche. Particulièrement choquante a été  la profanation, le 1er décembre 2018,   du symbole national que représente l’Arc de triomphe dont l’image a fait le tour du monde  et  a gravement terni celle de la France à l’étranger. Signe du mal qui ronge la société française, ces casseurs saisissent  la moindre occasion,  même festive,  comme lors de la célébration de la victoire de la France à la coupe du monde de football pour exprimer leur haine de l’Etat et de la société en brulant des voitures et en saccageant des commerces.

Par delà le choc que suscite le  mouvement des Gilets jaunes la poursuite des réformes risque d’être définitivement compromise. Et les Français apparaissent comme les plus fondeurs, les plus prompts à manifester et les plus rétifs au changement parmi les Européens.

   Confronté aux revendications disparates et pour la plupart impossible à satisfaire des Gilets jaunes, M. Macron a fait face à des choix politiques et économiques qui  s’apparentent à la quadrature du cercle. La contestation ne faiblit pas malgré le grand débat national qu’il a initié, alors qu’il lui a été reproché de ne pas être à l’écoute du « peuple ». Et bien qu’il ait décidé des mesures en faveur du pouvoir d’achat qui couteront plus de 10 milliards d’euros 
Outre qu’elles contreviennent à la règle européenne de plafonnement du déficit public  à  3% du PIB, elles reviennent à renoncer à lutter contre la crise de la dette et du déficit  public. De plus, même si certaines  revendications des Gilets jaunes peuvent paraître légitimes, leur application ne pourra se faire sans une remise en cause du fonctionnement de l'Union européenne. Or en l'état actuel des traités, les États membres ne peuvent plus mener de politiques économiques et commerciales souveraines. A cela s’ajoute les pertes subies par l’économie françaises alors que le poids économique de la France par rapport à l’Allemagne n’a fait que décroitre et que le couple franco-allemand est de plus en plus déséquilibré en faveur de l’Allemagne.
  Les trente glorieuses et les années fastes le général de Gaulle présidait au destin du pays ne sont plus qu’un lointain souvenir. L’espoir d’un avenir meilleur a fait place à la désillusion. Le modèle social français est à bout de souffle. La désindustrialisation et le chômage structurel apparaissent comme une fatalité. Les  inégalités de richesse se creusent de plus en plus. Il existe une fracture entre les grandes villes et les zones rurales ; un sentiment  de déclassement des franges moins favorisées de la population et de  rancœur envers  les élites ; et  une mentalité d’assisté qui entrave toute velléité de  réforme de l’État providence.
  A ces problèmes économiques et sociaux s’ajoutent ceux posé par la présence en France de la population musulmane la plus importante d’Europe,  proportionnellement et en chiffres absolus, qui alimente la théorie du grand remplacement et la peur d’une islamisation de la France. Bien que la majorité des musulmans se soient intégrés, particulièrement inquiétants sont la montée de  l’islamisme radical, la menace terroriste  et l’existence de zones de non droit dans certaines communes  de banlieues, qualifiés de « territoires perdus  de la République ». On peut aussi déplorer la soumission de certains maires ou directeurs d’établissements aux revendications communautaristes, comme celle par exemple de ne pas servir de porc dans les cantines des écoles. Ou le fait de   bannir les arbres de Noël  des lieux publics au nom d’un intégrisme laïc qui nie les racines chrétiennes de la France. Cela dit il existe une autre forme de soumission, celle par exemple qui a conduit le chef de l’Etat à ignorer la différence entre antisémitisme et antisionisme.
  Si la majorité des Français est attachée au vivre ensemble entre chrétiens, juifs et musulmans, l’islamophobie de beaucoup de Français de souche, fait pendant à la rancœur de beaucoup de jeunes musulmans en particulier d’origine algérienne envers l’ancienne puissance coloniale. Problème qui n’existe pas au Liban tous les Libanais ont la même culture en partage.  Ce  défi sociétal a conduit le gouvernement français à tenter de promouvoir « un islam de France » ; alors qu’il n’y ne devrait y a avoir en principe que des musulmans en France. Et qu’il revient aux musulmans eux-mêmes de lutter contre l’islamisme radical
   Enfin les valeurs traditionnelles profanes et religieuses sont en recul face au courant libertaire dont la dernière manifestation a été le remplacement des mots « père » et « mère »  par « parent 1 » et « parent 2 » sur certains formulaires administratifs. Cette crise morale a été dénoncée entre autres par Eric Zeimour qui, dans « Le suicide français », analyse la perte de valeurs qui, selon lui, caractérise la France depuis mai 68, et dénonce  le communautarisme et l’action corrosive de l’immigration musulmane sur le modèle de laïcité républicaine. Ses positions sur le déclin des valeurs morales, la sécurité, l’islam, le reniement des racines chrétiennes de la France et l’Europe sont proches de celles du Front National rebaptisé Rassemblement National. Surfant sur la vague de mécontentement et d’inquiétude des Français, les sondages le placent en tête  des intentions de vote aux prochaines élections européennes.
2 L’Europe
  Les problèmes socioéconomiques de la France sont les mêmes auxquels font face  tous les gouvernements européens. Confrontés à la montée des mouvements populistes tentés par le protectionnisme, leur marge de manœuvre  est réduite face à  la globalisation des marchés des capitaux, des biens et des services et aux contraintes d’austérité posées par Bruxelles et la monnaie unique. Le Brexit, la venue au pouvoir de leaders populistes comme Mateo Salvini en Italie ou Victor Orban en Hongrie et la création du groupe de Visegrad  formé de 4 pays eurosceptiques (Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovaquie) traduit un rejet grandissant des dictats des eurocrates non élus de Bruxelles.    
  Il est moins question aujourd’hui de pousser plus loin l’intégration de l’Union Européenne que d’en recoller les morceaux. Et elle fait face à un défi quasi- existentiel : le contrôle des flux migratoires qui risque d’augmenter avec la croissance démographique de l’Afrique, et la difficile intégration de ses ressortissants musulmans. Bien que la majorité d’entre eux ne cherchent qu’à s’intégrer dans leur pays d’accueil, d’autres répugnent à adopter leurs mœurs et leurs valeurs. Un des phénomènes les plus visibles de ce problème est la prolifération du port ostentatoire du voile intégral qui est moins un signe de religiosité que d’affirmation identitaire. La réponse à ce problème varie selon les pays. Les deux cas extrêmes sont la laïcité à la française et le  multi culturalisme  britannique qui  ne cherche même pas à assimiler les minorités issues de  l’immigration. Et plusieurs pays ont adopté des mesures visant à assurer l’émergence d’un islam européen, telles que par exemple la formation des imams et l’interdiction du financement des lieux de cultes musulmans par des institutions ou des gouvernements étrangers. La sensibilité de l’opinion vis-à-vis de ce problème a été illustrée par la chute de la popularité d’Angela Merkel  suite à sa décision inconsidérée d’accueillir un millions de migrants en Allemagne. Et les dissensions entre les gouvernements européens sur la question des migrants ont provoqué entre autres une querelle entre Paris et Rome.

A entendre les cassandres du déclin de l’Europe et du péril musulman, il pourrait exister une analogie entre le sort de l’Empire romain et celui du vieux continent à la démographie en berne. Les musulmans représenteraient, pour emprunter la terminologie de Toynbee, un « prolétariat intérieur » et un « prolétariat extérieur » menaçant sa civilisation. Alors que la chute de Rome fut attribuée par les auteurs païens au dépérissement de ses vertus viriles causée par l’apparition du christianisme et l’abandon de ses dieux protecteurs, certains auteurs affirment aujourd’hui que la crise de la culture européenne (titre d’un livre d’Hannah Arendt) ne saurait être conjurée que par la réaffirmation de ses valeurs judéo-chrétiennes. Et ils fustigent pêle-mêle la déchristianisation, l’individualisme, l’hédonisme, la permissivité, le matérialisme et même le socialisme, qui seraient la cause du délitement des valeurs fondatrices de la civilisation européenne. Autrement plus inquiétants sont les mouvements d’extrême droite comme Pegida (« Les Européens patriotes contre l'islamisation de l'Occident »),

  Cela dit, en dépit des  cassandres de la décadence occidentale,  l’amollissement des vertus qui ont fait l’ossature de sa civilisation est relatif. Il  existe toujours  des citoyens français et  européens prêts à se mobiliser pour des causes  qu’ils estiment justes,  comme en témoignent  les manifestations  en faveur du sauvetage de la planète ou de davantage de justice sociale. Elles laissent  peut être entrouverte  la porte d’un redressement de la France  et l’Europe. Pas dessus tout,  les  valeurs occidentales fondées sur  les  droits de l’homme  sont  celles auxquelles aspire  tout homme épris de liberté et de dignité.  Et le sort des Européens,  ainsi que leur qualité de vie,  est infiniment plus enviable que celui des citoyens de bien d’autres régions du monde. En particulier le monde arabo-musulman en proie au fanatisme islamiste et où sévissent des régimes autoritaires et corrompus.  A preuve que c’est vers l’Europe que fuient les victimes des violences sectaires qui y font rage. 

  On assiste  peut-être aujourd'hui à la fin d’un mythe,  d’une ère  et d’un rêve.   Le mythe des vertus de l’ultralibéralisme. L’ère de la domination économique et technologique de l’Occident rattrapé  et bientôt dépassé par l’Asie. Et le rêve de la constitution d’une Europe Fédérale. Mais malgré les griefs qu’ont peut avoir contre les institutions et le fonctionnement de l’Union Européenne, elle représente l’unique chance qu’ont les pays européens de répondre aux principaux enjeux économiques, technologiques et sécuritaires du monde. Le Royaume Uni se mord les doigts d’avoir décidé d’en sortir. Et aucun pays européen, même l’Allemagne, ne fait seul le poids face aux Etats-Unis, à la Chine, à l’Inde ou à la Russie. S’il est utopique d’envisager un jour la naissance des Etats-Unis d’Europe, le traité d’Aix la Chapelle entre la France et l’Allemagne peut contribuer à doter l’Europe d’un contrepoids face à ces géants. Même s’il consacre la tendance vers une Europe à deux vitesses.  
                                                         
Ibrahim Tabet, Conférence donnée le 19 mars 2019, à  Ninar, l’Espace culturel libanais    



Sunday, January 27, 2019


Considérations sur le mouvement des Gilets jaunes  
   Elu par défaut,  Emmanuel  Macron  s’est positionné comme étant « en même temps » de gauche et de droite mais a en réalité  adopté une politique  de droite.   Il lui est également  reproché sa suffisance et le  fait de ne pas être à l’écoute   des Français. Malgré   son impopularité record,  il faut   cependant reconnaître que c’est un des rares   présidents  depuis trente ans à avoir   tenté, sans doute malhabilement et trop rapidement,   de  faire passer des réformes indispensables au redressement de la France.  Acquis  au libéralisme économique et européaniste   convaincu ,   il a choisi de privilégier une politique  de  l’offre favorable  aux  entreprises et aux capitaux,   supposée  encourager les investissements,  contribuer  à résorber le chômage et   améliorer   la compétitivité de l’économie française. D’   des  mesures comme la réforme du droit du travail, la suppression de l’ISF (impôt sur la fortune) destinée à enrayer la fuite des capitaux  et l’adoption d’une flat taxe pour les entreprises.  Alors que, parallèlement, les retraités et  les classes moyennes et populaires ont  vu  une dégradation de leur  pouvoir d’achat et de certains services publics. Ne pouvant   encore augmenter  le poids déjà insupportable des impôts et taxes,  le gouvernement   a   été contraint   de diminuer le nombre de fonctionnaire  et de rogner sur le niveau  insoutenable  des prestations sociales.  Des mesures aussi impopulaires l’une que l’autre.
   Le projet d’augmentation de la taxe  sur les carburants, motivé par des considérations écologiques   (encourager la transition énergétique)   a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Exacerbant  le  sentiment d’injustice  d’une majorité de la population et leur ressentiment envers un  président  soupçonné de  favoriser les plus riches et  de vouloir remettre en question le modèle social français,  il est à  l’origine du  mouvement des Gilets jaunes.   Malgré  la tournure violente  qu’il a prise, il continue de bénéficier de    l’approbation d’une majorité de Français. Mais  cela ne justifie nullement   les scènes de   pillage et de destruction des biens publics  qui ont marqué les manifestations et   ne sont pas le seul  fait des casseurs et des militants d’extrême droite et d’extrême gauche. Particulièrement choquante a été  la profanation, le 1er décembre 2018,   du symbole national que représente l’Arc de triomphe dont l’image a fait le tour du monde  et  a gravement terni celle de la France à l’étranger. Tandis qu’une semaine après ce samedi noir,  Paris offrait l’aspect désolant d’une ville en état de siège et de blindés stationnés sur les Champs-Elysées.
   Par delà le choc et l’incompréhension que suscite  cette quasi insurrection,  il y a   deux  choses  plus préoccupantes  :   le  fait que,  parmi  les peuples  jouissant d’un niveau et d’une qualité de vie comparable, les Français apparaissent comme les  plus frondeurs,  les plus insatisfaits de leur sort,  les plus attachés à  leurs droits acquis, les plus prompt à manifester  et les plus rétifs au changement.   Et le fait que  la poursuite des réformes  apparaisse  comme  définitivement compromise.  Nul ne conteste le creusement des  inégalités  lié à la globalisation financière qui n’est  d’ailleurs pas le propre de   la France. La  mondialisation et  la libéralisation des échanges  ont également favorisé la croissance  économique de l’Asie au détriment de l’Occident, entrainant la révolte des classes moyennes et populaires occidentales contre les classes supérieures globalisées.
   Confronté aux revendications  aussi excessives et disparates soient elles  des Gilets jaunes   dont l’aile la plus dure a été  jusqu'à réclamer la démission du président et la dissolution de l’Assemblée,   et alors  qu’il est l’objet d’une haine viscérale et irrationnelle,  M. Macron  a fait    face  à des choix politiques  et économiques qui  s’apparentent  à la quadrature du cercle.  Malgré sa volonté affichée de « tenir le cap », il  a été contraint d’annuler  l’application du décret sur l’augmentation de la taxe sur les carburants  et de décider   certaines mesures en faveur du pouvoir d’achat. Trop  tard et trop peu clame  l’opposition et la majorité du mouvement des Gilets jaunes  qui ne  dispose par ailleurs pas de représentants  attitrés avec qui il est possible de dialoguer. Outre qu’elles contreviennent à  la règle européenne de plafonnement du déficit public  à  3% du PIB,   ces mesures reviennent  à renoncer à lutter contre la crise de la dette et du déficit  public, alors que   la France  est  le pays dont le taux des dépenses publiques, y compris  et surtout les  dépenses sociales, par   rapport au PIB  est le plus élevé du monde. A cela s’ajoute les pertes subies par l’économie françaises  et le fait que l’autorité du président de la République au niveau local  et international ait été sérieusement entamée.   
   Davantage que la plus grave crise du quinquennat et  que celle du modèle français, cette crise reflète celle que traversent   tous  les gouvernements européens.     Confrontés  à   la  montée des mouvements  populistes tentés par le protectionnisme, leur marge  de manœuvre  est réduite  face  à  la globalisation des marchés des capitaux des biens et des services et  aux contraintes  d’austérité posées par Bruxelles et  la monnaie unique.  Si les revendications des Gilets jaunes peuvent paraître   légitimes, leur application ne pourra se faire sans une remise en cause du fonctionnement de l'Union européenne. Or en l'état actuel des traités, les États membres ne peuvent plus mener de politiques économiques et commerciales souveraines. On assiste  peut-être aujourd'hui à la fin d’un mythe  d’un rêve et d’une ère.   Le mythe des vertus de l’ultralibéralisme. Le rêve entretenu  par Emmanuel Macon d’une Europe unie allant vers une intégration plus poussée. Et l’ère de la domination économique et technologique de l’Occident rattrapé  et bientôt dépassé par l’Asie. Quoi qu’il en soit  son autorité au niveau local et international a été sérieusement ébréchée et les pertes  subies par  l’économie française  et à  venir  sont considérables.

Ibrahim Tabet


Monday, November 26, 2018


Le communautarisme : un virus prolifique 
   La mondialisation, le retour du religieux et l’accroissement des flux migratoires ont favorisé les crispations identitaires, le populisme et le virus  du communautarisme. Institutionnalisant ou faisant prévaloir les spécificités et les revendications  des communautés  ethnolinguistique ou religieuse,   cette idéologie   conduit-elle à l’éclatement de la société et de l’État en plusieurs groupes d’appartenances au détriment de l’intérêt national ?  Est-elle  un danger  ou un système de gestion approprié de la diversité socioculturelle ? Les réponses à ces questions    dépendent du contexte historique, de l’homogénéité de la population et de la philosophie politique de chaque pays. Le laïcisme français et le  confessionnalisme politique libanais constituent à cet égard deux « idéaux types » opposés. Tandis que le multiculturalisme représente une  voie moyenne.  C’est le cas par exemple au  Canada. Pays fédéral, constitué à l’origine de deux communautés distinctes,  il  considère le pluralisme culturel comme une richesse et reconnaît   le  droit à  la différence des  populations issues de l’immigration. C’est  aussi le cas aussi du modèle  britannique qui ne cherche pas à assimiler les immigrés. Il existe ainsi à Londres des quartiers entiers où le séparatisme identitaire est visible et il ne viendrait jamais à l’idée des autorités d’interdire, comme en France, le port du voile intégral dans l’espace public.  
   Le Liban constitue de facto une fédération de communautés à  base non territoriale. Héritier du système des millets ottoman, le confessionnalisme libanais pervertit autant la sphère politique que socioculturelle, empêchant l’émergence d’une véritable citoyenneté. Instauré  " à titre provisoire " par la Constitution de 1926,  il a été malheureusement renforcé.  La montée de l'islamisme ainsi que le déclin démographique des chrétiens font qu’il est sans doute trop tard pour inverser cette dérive. Cela dit la sécularisation formelle des institutions n'a pas empêché l'accaparement du pouvoir par les  alaouites en Syrie.  Si le modèle  politique « consociatif » du Liban souffre de nombreuses tares, dont celles de favoriser la mauvaise gouvernance et la paralysie, il lui a du moins évité de subir le sort de la Syrie.  Et un système similaire de  partage  communautaire du pouvoir a  été considéré comme le meilleur moyen de mettre fin au conflit en Irak. .  
   Erigée en quasi-religion  par  la Révolution Française,  la laïcité a été codifiée  par  la loi de 1905  de séparation de l’Église et de l’État. Alors que la République ne reconnaît que les individus, elle se heurte de plus en plus  à des revendications identitaires, de la part de groupes islamistes gagnés par la propagande salafiste, contraignant nombre d’édiles à  la « soumission ».   Il existe à l’inverse un  « intégrisme  laïc »  qui  va jusqu'à vouloir bannir les signes religieux chrétiens dans l’espace public. Et des voix   dénoncent,  à l’instar d’Eric Zeimour,  « Le Suicide français ».  Alors que le modèle français  a réussi  à assimiler les vagues successives d’immigrés d’origine européenne  partageant les mêmes valeurs, il peine à le faire avec les musulmans.  Bien qu’une  majorité se soit intégrée, une partie d’entre eux,  surtout la jeunesse défavorisée des banlieues, ne le sont pas, ou plutôt refusent de l’être.  Des communes de certains départements ont été ainsi  qualifiées de « territoires perdus de la République ». Des  bandes de casseurs  expriment leurs frustrations  et leur rancœur envers l’ancienne puissance coloniale  en saccageant des commerces et en brulant des voitures. Et plusieurs attentats terroristes ont été  perpétrés par des Français d’origine maghrébine ou africaine. Ce  défi sociétal doublé d’une  menace sécuritaire,  a conduit l’Etat, depuis la présidence de Nicolas Sarkozy,  à tenter de promouvoir « un islam de France » ; alors qu’il n’y a  en principe qu’un islam ou des musulmans en France. Il est même question à cet effet d’amender éventuellement la loi de 1905.  Mais l’Etat laïc doit-il se mêler de religion ?  Ne revient-il pas aux musulmans eux-mêmes  de lutter  contre l’islamisme radical et de prôner un islam plus libéral ?
   En réalité le communautarisme à l’anglo-saxonne et la laïcité à la française éprouvent autant de difficultés à gérer le problème posé par la croissance des populations musulmanes d’Europe. Ce problème a été aggravé pas l’afflux massif récent de migrants noirs et musulmans en provenance du Moyen-Orient du Maghreb et d’Afrique subsaharienne. L’incapacité des pays de l’Union Européenne à y faire face a mis en relief leurs divisions. Elle  explique, entres autres, la popularité d’un Matteo Salvini en Italie ou d’un Victor Orban en Hongrie. Tandis qu’à l’inverse Angela Mekel paie le prix de son accueil inconsidéré de plus d’un million de migrants en Allemagne qui traduit sa méconnaissance totale des réalités. Il n’est donc pas étonnant que l’on assiste à une montée des mouvements d’extrême droite qui allient ultranationalisme, islamophobie et méfiance envers Bruxelles. Percevant l’islam comme une menace contre la civilisation européenne, ils se proposent de lutter contre son « islamisation » rampante. C’est le cas du Front National rebaptisé «  Rassemblement National ». Ou de l’Allemagne  qui a été le théâtre de manifestations antimusulmanes de la part de groupuscules racistes d’extrême-droite, comme PEGIDA (Les Européens Patriotes contre l’Islamisation de l’Occident) qui sont dénoncés par la majorité de l’opinion. L’intégration des populations  musulmanes présentes en Europe et l’enrayement des flux migratoires que risque d’entraîner l’explosion démographique en Afrique apparaît donc comme un des principaux défis, quasi existentiel, qu’elle devra affronter.  

Ibrahim Tabet


 La Francophonie, l’anglais et le défi du numérique.
Table ronde de la Renaissance Française  - délégation du Liban -  au Salon du Livre francophone de Beyrouth 2018. .

     Premier à prendre la parole, Ibrahim Tabet (modérateur et président de la délégation libanaise de la Renaissance Française)  a présenté l’association qui a  pour but  de participer au rayonnement de la langue française,  ainsi que de la culture et des valeurs de la francophonie.   Il a tenu ensuite à saluer l’action de l’Institut français pour promouvoir  la diversité culturelle et les talents locaux. Pour lui «  le succès du salon francophone du livre de Beyrouth témoigne de la vitalité de la francophonie au Liban.  » […] « La francophonie est aujourd’hui confrontée à de nombreux défis : notamment la révolution numérique, la mondialisation qui diffuse partout les produits de la culture de masse américaine, et l’hégémonie de l’anglais qui affecte le statut du français comme langue internationale. Certes, pour la plupart de ses locuteurs, hors des pays anglo-saxons, l’anglais n’est qu’une langue outil réduite à sa plus simple expression. Mais, bien que le français soit  d’avantage une langue de culture, force est de constater que, sauf en Afrique, il enregistre un certain recul dans les   pays il n’est pas la langue natale. Cela, malgré l’action du réseau des Instituts Français et la contribution des organisations de la société civile qui militent dans le même sens. »
    […]  « Au sein de l’hexagone, leur langue n’est pas menacée, la plupart  des Français se  sentent, moins concernés par la défense de la francophonie que, par exemple, les  Québécois, les Wallons et beaucoup de Libanais francophones. C’est aussi le cas des  firmes multinationales françaises dont la communication interne se fait en anglais, mais aussi d’institutions comme les universités qui font de plus en plus place à l’anglais pour attirer des étudiants étrangers. Tandis que les géants américains de l’Internet favorisent la diffusion de l’anglais à travers le monde.   Quant à l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), elle s’est éloignée de son cœur de  mission qui est linguistique et culturel et s’est transformée en une organisation politique regroupant majoritairement des pays  non francophones. »  
                           
   Se demandant si « la francophonie est une passion française », M. Marcel Laugel, ancien ambassadeur de France et écrivain, déplore le fait que « la France métropolitaine donne bien souvent l’image d’ignorer la francophonie ». « On peut être consterné de découvrir des politiques français qui ont recours à l’anglais dans leurs déclarations officielles. Cependant, défendre le champ d’influence de la langue française, comme le note Jacques Attali en économiste, constitue un enjeu absolument stratégique pour l’avenir.»  Pour lui, « le Liban, fort heureusement, ne suit pas cette voie ». […] « L’Ambassade de France, de son côté, travaille pour développer la francophonie et agit de manière significative dans le domaine éducatif. Le dispositif français à travers le monde, scolarise 70.000 élèves libanais, dont 10.000 à l’extérieur du pays, soit 20 % des effectifs du réseau français à l’étranger. Et sur un million d’enfants scolarisés au Liban, 53% apprennent la langue de Molière. Enfin c’est au Liban que se trouve le principal vivier du professorat francophone dans le monde. M. Rispoli, Conseiller d’action culturelle chargé de l’Audio-visuel, se félicite sur ce plan du réseau d’écoles homologuées par la France et se réjouit du vecteur culturel et intellectuel qu’est la langue française incarné par le succès à Beyrouth du livre francophone. Le président  Emmanuel Macron, caresse le projet de doubler le nombre d’élèves des réseaux français dans le monde. Exprimant son souhait de promouvoir le Français dans les échanges et les institutions internationales, comme l’ONU et l’Union européenne, il a ajouté que l’anglais est devenu une langue de consommation, alors que le français est une langue de création. »     
   
   Pour Farid Chéhab,  qui vient de signer son dernier ouvrage « Un pont sur le XXIe siècle » : « le numérique  signifie un changement de paradigme total dans notre façon de penser, d’agir, de créer, de produire et plus simplement de vivre ». A l’ère du numérique, les élèves n’ont plus besoin d’accumuler des connaissances qu’ils trouvent facilement sur le Net. Il s’agit de former des têtes bien faites, plutôt que bien pleines. Il qualifie de « fondamentalistes de la  francophonie »   ceux qui s’accrochent  à la pureté de la  langue française, dans son sens littéral,  bâti sur son héritage littéraire et sa grammaire, et  refusent l’idée d’une évolution nécessaire imposée par le nouveau langage numérique du monde. « En admettant que la barrière de la langue tombe, nous les francophones pouvons adopter une attitude défensive ou ambitieuse », déclare t-il. : «  L’attitude défensive constitue à mener un combat d’arrière garde pour défendre l’utilisation et la pureté de la langue  française. L’attitude ambitieuse à considérer  que, plus qu’une langue, la francophonie est une culture faite de liberté, d’humanisme et de valeurs : l’esprit francophone. »  […] « Soyons les champions de la liberté dans un monde des hommes utilisent le numérique pour nous asservir. Aujourd’hui, la révolution informatique et biologique remet en question les droits de l’homme. Il faut les réactualiser dans le nouveau contexte et les adapter aux nouvelles exigences créées par la technologie. Le numérique est lui-même à la recherche de solutions en bioéthique, et  protection des données personnelles.  La francophonie peut être la championne de cette nouvelle mission. » 
     
    Romancière et journaliste, Jocelyne Awad a abordé le sujet de la crise du livre et de la lecture.   Pour elle, le secteur livre en France a remonté la pente et le livre numérique a le vent en poupe.  En 2017, plus de 356 millions de livres ont été vendus dans l’Hexagone (avec 9% de livres numériques de plus qu’en 2016). Par contre au Liban, la lecture a régressé plus qu’en Occident. La grande majorité des 15 -25 ans lit de moins en moins. En général, les gens se sont de plus en plus habitués à l’information courte et aux articles à lire en vitesse. Les grands lecteurs sont les femmes et les plus de 50 ans. Le livre est cher. Le monde de l’édition locale en français qui était florissant connaît un ralentissement.  Cependant, fait positif : de nombreux clubs de lecture francophones voient le jour à travers le pays. Les libanais lisent malgré tout en français 4 fois plus de livres en moyenne qu’au Maroc par exemple. Pour donner le goût de la lecture aux enfants, l’effort  des parents est indispensable. Quand il y a peu de livres à la maison, les enfants lisent moins. Il faut que dans l’esprit de l’enfant ou de l’adolescent, lire soit perçu comme une activité qui donne du plaisir. Ils aiment la bande dessinée, les romans policiers ou, d’aventure. Il n’est jamais trop tôt pour réveiller l’intérêt pour la lecture.

    Médiatrice, romancière et poète, Joëlle Cattan a défendu l’idée de  la francophonie comme identité. Pour elle, la Francophonie fait partie de notre identité, « une identité qui nous habite de l’intérieur, celle que nous avons dans l’être, parfois même dans nos gênes et nos veines » […] « Quelle que soit la définition donnée à la Francophonie, que celle-ci soit au sens stricto sensu du dictionnaire (qui parle habituellement le français), ou au sens large, c’est-à-dire d’un élan en faveur, de la défense  de la langue française, de  la diversité culturelle, et des  valeurs démocratiques. » […] « Nous ne cessons pas d’être francophones que nous soyons bilingues, trilingues, ou multilingues. Bien au contraire, les personnes parlant plusieurs langues, sont les plus grands défenseurs du français » […] « Au lieu de parler du danger du numérique, sachons l’utiliser  à bon escient pour en faire un tremplin, et non un problème. A nous de ne pas privilégier la lecture par survol, la communication par des émoticônes. A nous de convertir les défis  du numérique en opportunités, grâce à la  création -individuelle et collective- dans toutes ses expressions, et sous toutes ses formes. » Elle a conclu son allocution par un poème-profession de foi en faveur de la francophonie. 

Friday, November 2, 2018


Plus royalistes que le roi ?
On a parfois l’impression que  beaucoup de  Français  se sentent  moins concernés par la défense de la francophonie   que,  par exemple,  les   Wallons,  les Québécois,  les  Suisses ou  les  Libanais francophones.   Leur attachement    à ce qu’ils considèrent être une composante  de leur identité culturelle s’explique sans doute par le fait qu’ils  constituent des minorités au sein de  leurs environnements. Et   pour les Wallons,  par la volonté d’affirmer leur différence,  par rapport à leurs compatriotes néerlandophones.  Loin de moi l’idée de minimiser l’efficacité de l’action des institutions officielles françaises comme  l’AUF ou le réseau des  Instituts Français, et  de passer sous silence la contribution  des  organisations de la société civile qui militent dans le même sens. Et leurs  efforts  pour promouvoir la  diversité culturelle et l’ouverture sur les autres cultures méritent d’être salués.  Mais force est de  constater la relative indifférence de l’opinion publique et du secteur privé français vis-à-vis de ce qu’ils considèrent comme un combat d’arrière garde.  C’est surtout le cas des firmes multinationales françaises  dont la communication interne se fait en anglais, mais aussi d’institutions comme les universités   qui font de plus en plus place à l’anglais pour attirer des étudiants étrangers. Quant à  l’Organisation internationale  de la francophonie (OIF), elle  s’est  éloignée  de sa mission première  qui est la  défense de la langue française,   Au nom  de la promotion , certes louable,  des valeurs incarnées par la francophonie et d’un monde multipolaire, elle  s’est   transformée en une organisation politique regroupant  majoritairement des pays  non francophones, au lieu de concentrer ses moyens sur les pays qui le  sont ;  notamment  ceux dont le français est la seconde langue,   la jeunesse   se tourne de plus en plus vers l’anglais, pour des raisons utilitaires.  


Une république bananière en état de décomposition avancée
   Le Liban aucune réforme sérieuse n’a été entreprise depuis la présidence du général Fouad Chéhab  fait figure de pays irréformable et gangrené par la corruption.   Il occupe le 143e rang sur 180 pays du monde au classement 2017 de l’indice de perception de la corruption, publié dans le rapport annuel de Transparency International (TI). Le dicton « un poisson pourrit par la tête » s’applique malheureusement au pays où  la corruption   sévit parfois au   sommet de l’Etat et où certains des principaux leaders politiques des communautés  ne s’entendent que pour faire main basse sur les fonds publics. Les montants représentés par cette grande corruption sont bien plus considérables que les pots de vins versés au menu-fretin des fonctionnaires. Comment peut-on demander à un fonctionnaire qui est au bas de la hiérarchie de l'administration publique de ne pas accepter de pots-de-vin lorsqu'il voit ce qui se passe au-dessus de lui ? Le système confessionnel qui fait que toute mise en cause d’un politicien ou d’un haut-fonctionnaire soit considérée comme étant dirigée contre sa communauté, explique en grande partie la totale impunité dont jouissent les corrompus. Il existe certes des politiciens, des fonctionnaires et des magistrats intègres, mais ils sont impuissants face à  l’absence de  réelle volonté politique de lutte conte la corruption. Il en est de même  de la justice et des organismes de contrôle comme la Cour des comptes ou  l’inspection centrale qui ne sont pas indépendants du pouvoir politique. Quant à la nomination d’un ministre de la lutte contre la corruption au sein du gouvernement sortant, ce n’est que de la poudre aux yeux. Depuis l’élection du président Aoun -  qui avait traité ses adversaires politiques « d’association de malfaiteurs » quant il était dans l’opposition - la situation du Liban est toujours aussi calamiteuse, bien qu’elle ne date pas de son mandat. C’est ainsi par exemple que, plus de 27 ans après la fin de la guerre, les citoyens ne bénéficient  toujours pas d’une électricité 24h/24 fournie par l’Etat, alors que depuis dix ans, le ministère de l’énergie est aux mains du Courant patriotique libre (CPL). Le  cumul des déficits dans ce domaine depuis la fin de la guerre est estimé à 30 milliards de dollars, plus du tiers de la dette publique ! L'hémorragie financière de l'Electricité du Liban se situe actuellement autour 1,5 milliard $/an. Un rapport de l'administration en charge des appels d'offres concernant une nouvelle location de deux centrales électriques flottantes, dont le coût est estimé à 1,7 milliards de dollars pour deux ans, dans le cadre d'un énième plan électricité présenté par le ministre actuel de l'Energie, recommande au gouvernement de rejeter les offres retenues à cause de nombreuses irrégularités, le manque de clarté et de transparence, et le non-respect des règlements en vigueur. Mais sa recommandation a été ignorée alors que les montants dépensés depuis la location de ces navires auraient permis l’acquisition d’une centrale électrique. Et ce ministre à commencé  par rejeter une offre de la firme Siemens susceptible de résoudre le problème de l’électricité du pays avant de  se raviser suite aux révélations d’un ancien ministre du parti Amal dont, ironiquement,   certains dirigeants sont eux même pointés du doigt dans les médias pour corruption. Tandis  que, quand le ministère des Finances était aux mains du Courant du Futur,  l’Etat n’avait pas de budget,  et qu’il existe des zones de non droit régies par l’Etat dans l’Etat du Hezbollah dont la plupart des habitants ne paient pas leur facture d’électricité.  Un autre scandale imputable à la mafia au pouvoir est celui des déchets qui n’est toujours pas résolu malgré le  vain mouvement de protestation de la société civile représentée par le collectif « Vous puez ». Signe de son impuissance il n’a réussi à faire élire qu’un seul de ses candidats aux dernières élections législatives.    
   Les principaux responsables des scandales comme ceux de l’électricité, des déchets, des télécommunications  ou des douanes sont connus et les politiciens  eux-mêmes jettent des accusations à  la figure de leurs adversaires en oubliant leur propre turpitude ou celle des membres de leur parti, mais rien ne change. Le népotisme le clientélisme, les  violations des règles d'attribution des marchés publics  et l'opacité, des commissions occultes sévissent de plus belle. Les services publics continuent de se dégrader et  la dette publique atteint un niveau abyssal. Deux  lois sur l’accès à l’information et sur la protection des lanceurs d’alerte viennent certes d’être votées. Elles devraient en principe permettre à des journalistes d’investigation de dévoiler, preuves à l’appui, des faits de corruption et leurs auteurs. Et un amendement  de la loi sur l’enrichissement illicite a été soumis  au Parlement. Tout aussi importants et attendus  sont  la création de la Commission pour la lutte contre la corruption, la loi  sur la réorganisation de la Cour des comptes,  celle relative à l'Inspection centrale, ainsi que l'amendement des textes régissant les marchés publics et le fonctionnement de la Direction générale des adjudications. Mais en l’absence d’une justice indépendante, elles risquent de rester lettres mortes.  Et  les expériences passées ont montré une tendance chez les politiques à trouver, par tous les moyens,  des entourloupes pour contourner ou violer la loi. La tenue à Paris de la conférence économique pour le développement du Liban (CEDRE) pourrait représenter une lueur d’espoir  dans la mesure    les montants alloués sont assujettis à des engagements de réformes, de transparence  et de bonne gouvernance et    elle ouvre la voie à des partenariats publics privés (PPP). Autorisés par une   loi  créant un Haut comité pour les privatisations et les PPP  qui vient d’être enfin votée après avoir été bloqués pendant dix ans, ces derniers devraient permettre une meilleure gestion de certains services publics. Et le projet d’instauration d’un système de gouvernement électronique visant à rendre les services publics fournis par l’administration plus accessibles devrait contribuer à limiter la corruption. Mais le blocage et les tiraillements dans la formation du gouvernement risquent de compromettre leur  mise en œuvre. Aux dernières nouvelles, l’Irak qui vient sortir de conflits sanglants ayant laissé de profondes déchirures entre ses communautés aura la semaine prochaine un gouvernement représentant toutes ces communautés, alors que les politiciens libanais continuent de se disputer autour du partage des portefeuilles ministériels, ou plutôt des dépouilles d'un Etat en déliquescence, rongé par la corruption, et sur lequel plane le spectre de la banqueroute. Le gouvernement de l'Irak qui compte 38,5 millions d'habitants aura 15 ministres  alors qu'il est prévu que celui le Liban qui en compte 5 millions en aura 30 !   Quant  a celui de l’Allemagne qui compte 82 millions d’habitants et a un PIB 80 fois  supérieur à  celui du Liban il en a 16. !
Ibrahim Tabet