Tuesday, July 14, 2015

De la genèse de l’idée de Dieu

« Je suis le commencement et la fin de tous les êtres
Et dans les vivants je suis la conscience.
Entre ceux qui ont descendance je suis l’amour
Entre les fleuves je suis le Gange.
Je suis le temps impérissable, la beauté, la gloire…
Et je suis la mort de tout, et je suis la naissance de tout »

Vers de la Baghavat Gita

« Tout homme va à  Dieu à  travers ses propres dieux »

Ghandi  


Face aux mystères de l’univers, les hommes,  ne pouvant que se livrer à des conjectures sur ce qui est au delà de leur savoir, inventèrent les dieux. Seules instances à avoir répondu durant des millénaires à la question du sens et à  l’angoisse de la mort, les religions exercent une fonction à la fois spirituelle (lien entre le sacré et le profane) et sociale (lien entre les hommes). Faisant miroiter une promesse de vie éternelle dans l’au-delà, elles sont aussi orientées vers l’ici-bas. Accomplir des rites conformes aux commandements de la religion ayant pour fonction de produire des résultats espérés en termes de santé, de prospérité, de bonheur ou de victoire. Non contente  de  vouloir régenter les consciences,  la théologie a également prétendu pendant  des siècles  se mêler de cosmologie avant de  consentir à laisser ce domaine de compétence à la science et à se limiter à la question du salut.       
Au cours de la préhistoire est apparue une forme primitive de religiosité sacralisant la nature. Les  rituels pratiqués par les chamanes avaient pour fonction  de communiquer avec ses  forces   invisibles et les  rituels de la mort à l’idée qu’il existait une vie dans l’au-delà. Apparut également le culte des  esprits ancêtres. Il ne s’agissait cependant pas encore de spiritualité mais d’une sorte de  panthéisme.  Les premières représentations de divinités apparurent il y a seulement dix mille ans à  l’aube du néolithique  avec la sédentarisation et la  naissance des cités. Aux rituels de la transe chamanique  succédèrent  les prières des prêtres. Les esprits du  tonnerre des orages et de la pluie furent convertis  en divinités sexuées. Et la croyance  que l’âme ne peut accéder à la vie éternelle sans son  enveloppe charnelle entraîna  la momification des corps des pharaons dans l’Egypte ancienne.  Les déesses mères, symboles de fécondité et de fertilité,  précédèrent les dieux, mais ces derniers finirent  par  les supplanter  avec la constitution de sociétés patriarcales.  Les rituels sacrificiels,  qui avaient pour fonction de bénéficier  de  leur protection  et de  leurs bienfaits ou de conjurer leur courroux, firent l’objet d’une surenchère débouchant sur les sacrifices humains. Les divinités égyptiennes primitives zoomorphes ont laissé la place aux dieux anthropomorphes grecs, dotés des mêmes passions  et des mêmes travers que les humains.  Croyances critiquées par les philosophes : Socrate qui sera condamné à  mort pour impiété ;  Platon et Aristote qui ont forgé par la raison la conception d’un Etre premier, absolu  et bon, qui ressemblait  fort au Dieu de la révélation biblique et coranique.  Comme tous les grands sages de l’Antiquité, ils considéraient le polythéisme comme la religion du peuple. Pour eux, la multiplicité des dieux ne faisait que symboliser les forces cosmiques émanant d’un Etre suprême dont ils croyaient à l’unicité mais en réservaient l’enseignement à  un cercle étroit d’initiés. Cet Etre suprême était appelé « âme du monde » par  la théosophie et Brahma par l’Hindouisme. 
Chaque cité, chaque État avait ses dieux que l’on invoquait en temps de paix ou de guerre. La victoire d’une communauté était aussi la victoire de son propre dieu sur le dieu étranger, du dieu le plus fort sur le dieu le plus faible. Aucun  Etat conquérant ne nourrissait  toutefois la prétention de convertir, de gré ou de force  à ses dieux,  les peuples  qu’il subjuguait.  Témoignant du syncrétisme de l’Antiquité, Rome édifia même un Panthéon abritant tous les dieux des peuples conquis.  Avec la constitution de grands Etats succédant aux cités-Etats apparut une hiérarchisation des dieux, puis l’idée  de l’existence d’une divinité suprême mais non exclusive, faisant l’objet d’un culte qualifié de monolâtrie,  étape intermédiaire entre le polythéisme et le monothéisme.  C’est les cas  de Zeus, trônant au sommet de l’Olympe. D’Amon-Ré auquel s’identifiaient  les pharaons,  à la fois souverains absolus  et prêtres suprêmes de l’Égypte antique, garants de l’ordre du monde.   À Rome, les empereurs étaient, eux aussi, divinisés et le culte impérial était mis au service de l’intégration des peuples de l’Empire.  
Les grandes religions de l’Antiquité avaient une conception trinitaire de la divinité qui sera reprise par le christianisme. Pour la théosophie ou sagesse des dieux,  le microcosme est par sa composition ternaire,  à  l’image du macrocosme,  monde divin, humain et naturel, qui est lui-même l’organe ineffable de Dieu, lequel est Père, Mère et Fils, essence, substance et vie. A Osiris, Isis et Horus chez les Egyptiens, correspondaient Zeus, Déméter et Apollon chez les Grecs, Brahma, Shiva et Vishnou chez les Hindous.  Incarnation de l’éternelle énergie cosmique, Shiva tient dans  sa main gauche supérieure  une langue de feu,  et dans sa main droite supérieure le tambourin, représentant la musique, symbole  de l’harmonie des lois de la nature. A l’origine est le règne absolu de la flamme. Le feu s’abaisse. La matière s’éveille et s’organise. La flamme fait place à la musique. Les gestes des autres mains traduisent l’équilibre de la vie et de la mort dans le cycle des réincarnations à l’issue duquel les  âmes sont destinées à  fusionner avec le Brahma suprême.          
Représentée par le disque solaire, source de vie, la première idée d’un Dieu unique  et exclusif formulée par Akhenaton ne lui survécu pas. Puis,  au bout d’une longue maturation,  une partie de l’humanité  s’est  ralliée  à  l’idée, formulée par une succession de prophètes inspirés,  d’un  seul Dieu, à la fois transcendant,  omnipotent,  omniscient,  créateur  de toute chose  et éthique. C’est  le cas des adeptes des trois religions du Livre : juifs, chrétiens et musulmans. Toutes les trois croient   à l’immortalité de l’âme, et font  dépendre le  salut  dans l’au-delà de la  conduite ici-bas. Elles croient aussi  à  l’existence de l’enfer et du paradis dont on ne sait s’il  se situe au  « ciel » ou dans l’une des milliards de galaxies peuplant notre univers.
Les premiers à se rallier à cette  conception  du monothéisme furent les Hébreux.  Fruit d’une longue évolution, elle ne s’imposa définitivement qu’au Vie siècle avant notre ère,  contrairement à l’assertion de la Bible qui la fait remonter à Abraham. C’est à  la même époque que s’imposa  en Perse un autre monothéisme, le Zoroastrisme, adorant un Dieu  unique et éthique, Ahura Mazda,  qui, comme le Dieu de l’Ancien Testament,  protège les fidèles et punit les pécheurs. Abraham  ainsi que Moïse  sont probablement des personnages légendaires dont l’historicité n’est pas prouvée. Aucun texte égyptien ne mentionne d’ailleurs l’existence de ce dernier, ni la réalité du récit de l’exode.  La Bible est un mélange de  récits de portée symboliques, comme celui d’Adam et Ève, d’événements historiques plus ou moins avérés, de mythes empruntés notamment à la  culture mésopotamienne, comme celui du déluge, ou de  Moïse  sauvé des eaux.  Elle est également destinée  à légitimer  les notions de  peuple élu  et  de terre promise,   ce qui explique la   lecture littérale qu’en font les juifs orthodoxes.  C’est le cas aussi des  protestants fondamentalistes américains  qui,  rejetant  toute critique rationnelle de la Bible, nient la théorie évolutionniste de Darwin et défendent la thèse du créationnisme affirmant la création directe de l’humanité par Dieu 
Le Dieu de l’Ancien testament était un Dieu jaloux et guerrier. Dans la Torah, Yahvé donne souvent à Israël l’ordre de partir en guerre contre les autres nations. «  Tu démoliras leurs autels, tu briseras leurs stèles, tu brûleras leurs idoles, tu ne laisseras pas subsister aucun être vivant dans les villes que le Seigneur ton Dieu te donne en héritage » proclame le Deutéronome. Moïse  et ses successeurs  ne se privèrent  pas d’ordonner des massacres au nom de Dieu.  Ce n’est qu’après le retour de l’exil à Babylone, que les   prophètes tardifs  développèrent  une littérature de sagesse traduisant un questionnement spirituel et brossant   dans les psaumes l’image  d’un Dieu aimant et compatissant, proche du cœur des fidèles. Et le livre de Job tenta de concilier la coexistence du mal et de Dieu.
A la différence de l’attente des Hébreux, Jésus se  présenta  comme un Messie uniquement spirituel  dont   le royaume n’est pas de ce monde. Il fera du Dieu d’Israël un Dieu d’amour.  Mais il n’a pas voulu abroger la loi juive. C’est l’apôtre Paul qui a fondé   une nouvelle religion de salut universel  distincte du judaïsme. A l’ancienne alliance entre Dieu  et le peuple élu succède  une nouvelle alliance entre Dieu et  l’ensemble de l’humanité  fondée  sur la foi en la divinité  du Christ affirmée par les évangiles. A la différence des évangiles  synoptiques  de Luc,  Mathieu, et Marc, c’est  surtout  le cas  de celui, plus tardif, de Saint Jean, le seul où sa divinité est explicitement  mise dans la bouche de  Jésus,  et qui en fait l’incarnation du logos divin. Il se peut que le récit de sa  vie, tel que relaté dans les évangiles canoniques, rédigés bien après sa mort, soit en partie mythique. Et des miracles comme la résurrection de Lazare ont peut être été inventés pour les besoins de la cause. Mais cela n’enlève rien au fait qu’aucun prophète, y compris Bouddha, n’ait enseigné des principes moraux et éthiques aussi élevés et aussi ambitieux.
De la croyance que Jésus est fils de Dieu on passa à  la croyance qu’il est Dieu fait  homme, puis  au mystère de la trinité. Les dogmes fondateurs de la doctrine chrétienne n’ont été élaborés par les quatre conciles œcuméniques (Nicée, Constantinople, Ephèse et Chalcédoine) qu’à la suite de longues controverses trinitaires et christologiques. Il a fallu trois siècles à l’Eglise pour proclamer le dogme de la trinité et pour résoudre la question des relations entre Jésus-Christ et Dieu le Père. Est-il Dieu comme lui et ayant la même substance ? Ou un être divin créé par lui et subordonné à lui, comme le professait l’arianisme ? Dans la relation au Saint Esprit, la mention « filioque » a été, et demeure toujours, un sujet de controverse entre l’Eglise catholique et l’Eglise orthodoxe. La question étant : de qui procède le Saint Esprit, du Père seulement ou du Père et du Fils ? Quant aux querelles christologiques elles portaient sur la coexistence en Jésus de l’humain et du divin. Au Ve siècle l’hérésie nestorienne qui veut distinguer en lui l’homme et le fils de Dieu, ainsi que le monophysisme pour qui le Messie a une seule nature, divine, on fait l’objet d’une double condamnation derrière laquelle se profilaient des oppositions politiques et culturelles entre Constantinople et Alexandrie, Grecs et Sémites orientaux. Jusqu'à la Renaissance il ne fut pas permis à l’homme occidental d’avoir d’autre pensée que la pensée chrétienne. Pour Saint Augustin tout s’explique par l’influence du créateur. L’autorité de l’Écriture est supérieure à tous les efforts de l’intelligence humaine. Il ne faut donc pas chercher à comprendre l’univers et à étudier le monde sensible. La foi suffit.
L’idée d’un Dieu unique, ne pouvait qu’entrer en collision avec le polythéisme antique et le syncrétisme de la société romano-hellénique. Ce fut surtout le cas du Dieu universel des chrétiens qui, contrairement au Dieu national juif, est porteur d’un projet eschatologique qui doit sauver l’humanité entière. La  conversion de Constantin, puis la proclamation du christianisme comme religion d’Etat par Théodose   marquent  le début  de ce que Arnold Toynbee  a qualifié de « plus grand désastre qui soit arrivée à la chrétienté : l’immixtion de César dans les affaires de Dieu, et de l’Église de Dieu dans les affaires de César ». A partir de ce moment, toute atteinte à l’Église devient une trahison envers l’État. Bien que le Christ ait prêché une religion d’amour,  le christianisme institutionnalisé, contribua à légitimer la violence la plus brutale. De persécutée au nom du Christ l’Eglise devint persécutrice en son nom. Contrairement à l’enseignement du Christ, elle a prétendu imposer la primauté du pouvoir spirituel  sur le pouvoir temporel.  Et, en contradiction avec le message évangélique de pauvreté,  les papes de La Renaissance furent  aussi des chefs politiques et de guerre, avides  de pouvoir et de richesses matérielles. Abus à l’origine de la Réforme protestante qui prône une émancipation du pouvoir des clercs et de la papauté pour revenir aux principes de l’évangile. Puis de la Contre-réforme qui  enclencha un processus conduisant l’Église catholique à se concentrer  finalement, sous la pression des pouvoirs séculiers, et non sans résistance, à sa mission spirituelle, morale et sociale ; et, depuis le concile Vatican II, à se prononcer  pour un dialogue avec les autres religions, au grand dam des catholiques intégristes, disciple de Mgr. Lefebvre.
Dernière née des religions monothéiste l’islam est revenu à  l’unicité de Dieu proclamée par le judaïsme. Un Dieu transcendantal, invisible, clément et miséricordieux.    Mahomet fut à la fois un prophète, un législateur, un fondateur d’État et un chef militaire. Se présentant comme envoyé de Dieu, il ne voulait pas d’abord créer une religion nouvelle mais revenir à la foi originelle d’Abraham. Se proclamant comme le sceau des prophètes, il ne prônait pas une rupture avec le judaïsme et le christianisme, dont il respectait les livres saints, mais déclarait vouloir leur accomplissement et leur dépassement. Celui du monothéisme bancal du christianisme qui scinde Dieu en trois entités, et  celui de la notion judaïque de peuple élu, remplacée par une religion universelle. Mais les réticences des chrétiens et l’opposition des juifs poussèrent le Prophète à prendre ses distances avec eux. Pour marquer cette rupture, il invite ses fidèles à ne plus prier vers Jérusalem mais désormais vers La Mecque. Alors qu’à La Mecque sa prédication revêtait un caractère religieux et liturgique, et donnait en exemple aux croyants la miséricorde divine à partir de l’hégire les sourates médinoises prirent  une orientation nettement politique, sociétale et législative. Le Coran compte plusieurs versets qui exaltent la guerre sainte, le jihad, même si certains d’entre eux ont été interprétés comme des incitations à l’effort sur soi-même. Et l’islam se propagea par la conquête tout en ne cherchant pas à convertir de force les peuples soumis à sa domination, conformément à un verset qui déclare : « pas de contrainte en religion ». A la différence du catholicisme confronté au défi du protestantisme et qui a  accompli  son aggiornamento,  l’islam sunnite, n’est pas  parvenu à se réformer. La croyance que le Coran est la parole incréée de Dieu constitue  un obstacle à son exégèse, malgré les efforts d’interprétation (ijtihad) du Hanafisme, la  plus libérale et la plus souple des quatre écoles juridiques sunnites. Faisant  preuve d’un plus grand esprit d’ouverture, les clercs chiites  élaborèrent tout un corpus doctrinal destiné à donner une réponse aux défis du monde moderne. A la différance des musulmans, les druzes professent une religion syncrétique qui vénère  sept incarnations  de leur divinité, parmi lesquelles figurent  Pythagore, Moïse, le Christ, Mahomet et  le  calife fatimide Al Hakim, inspirateur de leur religion au  Xe siècle. 
Les religions peuvent inspirer le meilleur comme le pire : des  saints  et des soufis mystiques, comme des soldats autoproclamés de Dieu perpétrant des atrocités en son nom. La croyance en un Dieu unique et universel engendre la croyance en une vérité unique et universelle et, de là à vouloir l’imposer au monde entier, le pas est vite franchi. L’histoire des religions monothéistes est entachée de multiples exemples d’intolérance et de fanatisme. Alors que l’Empire romain païen avait réussi à intégrer les peuples conquis en admettant tous leurs dieux dans son panthéon, le monothéisme des chrétiens, des musulmans et des juifs est devenu une source d’exclusion et « d’identités meurtrières ». Censées favoriser la paix, les religions  sont pourtant devenues l’un des leviers de guerre les plus puissants. De ce point de vue les musulmans sont d’avantage en accord avec l’enseignement et l’exemple de Mahomet  qui fut aussi un chef politique et de guerre que les chrétiens avec celui du Christ qui se fit l’apôtre de la non-violence. Cela dit l’évolution de la chrétienté et de l’islam et en matière de tolérance s’est faite en sens inverse. Et alors qu’aujourd’hui ce dernier est le théâtre d’une recrudescence d’intolérance, cela a été longtemps le cas de la chrétienté   
 En raison de l’absence de dogmes, les croyances indiennes, chinoises et japonaises ne sont pas exclusives comme les religions monothéistes. Elles admettent la pluralité des voies pour atteindre la libération. En Chine, une même personne peut être à la fois bouddhiste, taôiste et confucéenne, et au Japon se marier selon le rite shintoïste et avoir des funérailles bouddhistes. En outre l’idée d’un Dieu personnel est absente des sagesses asiatiques. Pour Bouddha c’est perdre son temps que de spéculer vainement sur les questions métaphysiques, l’existence ou non d’un être suprême étant inaccessible à la raison et à l’expérience. 
La  position  de la pensée occidentale est différente. Nombre de philosophes et de scientifiques, même athées ou agnostiques, estiment qu’il existe probablement une intelligence suprême  derrière la création. Pour eux  l’évolution de l’univers, ainsi que la montée de la complexité  qui a finalement  accouché de la conscience, ne saurait être uniquement le fruit du hasard.  C’était déjà l’opinion de Voltaire qui, critiquant  le  théisme « inventé par les prêtres »,  prônait un déisme postulant l’existence d’un Grand-Horloger s’apparentant au Grand-Architecte de l’univers  des Francs-maçons.  Dans sa lutte pour instaurer une « religion de la raison », la philosophie des Lumières,  considérait la religion comme une superstition dépassée, du moins en Europe, qui aurait atteint «  l’âge adulte de l’humanité  » selon l’expression de Kant. C’est aussi la thèse d’Auguste Comte auteur de la loi des trois états selon laquelle l'esprit humain passe successivement par « l'âge théologique », et par « l'âge métaphysique », pour aboutir enfin à « l'âge positif ». Et Max Weber a fait de l’histoire de l’Occident moderne celle du « désenchantement du monde », de la sortie du monde magique de la religion. Il souligne l’importance du processus de rationalisation caractérisé par l’effacement de la croyance irrationnelle dans l’action de Dieu dans le monde.  
Il n’y a que dans une Europe occidentale largement déchristianisée   la religion ne fonde plus le lien collectif et    le sens du sacré s’est largement perdu.  Depuis le dernier quart du XXe siècle  le monde  est le théâtre d’un « retour du religieux », aussi soudain que généralisé. Phénomène qui semble donner raison à  Malraux qui prophétisait : le « Le XXIe  siècle sera religieux ou ne sera pas », contre Nietzche qui avait prononcé la mort de Dieu. Sauf que cette « revanche de Dieu  » selon l’expression de Gilles Kepel, reflète moins un regain de foi qu’une quête d’identité en réaction au  « désenchantement du monde » et un recours à la religion à des fins politiques. Et, s’il  touche toutes les religions et tous les continents, c’est surtout au sein de l’islam qu’il se manifeste de la manière la plus  radicale et la plus violente. Avec le risque  que ne se rallume l’antagonisme millénaire entre l’islam et la chrétienté  et ne réalise une autre prophétie : celle du choc des civilisations.   
Ibrahim Tabet


Sunday, June 28, 2015

Une nouvelle guerre de Trente Ans ?
Depuis les attentats du 11 septembre 2001, on parle de plus en plus de guerre mondiale  sinon de croisade  contre le terrorisme islamiste.  Et depuis le déclenchement des guerres civiles en Irak et en Syrie on prédit  qu’elles seront plus longues que la guerre de quinze ans au Liban. Peut-on faire un parallèle entre ces conflits   et la guerre de Trente Ans qui ravagea l’Allemagne  au début du XVIIe siècle ?   Peut – on vaincre  une idéologie politico – religieuse  millénariste encore plus mobilisatrice que  le communisme  et le nazisme par de  seuls  bombardements  aériens, surtout américains ?  Quels sont les défis que posent l’islamisme radical au monde musulman  et à  l’Europe ? Avant d’aborder ces  questions  je me propose de parler du phénomène du « retour du religieux » qui est à l’origine de  cette  violence.  
Les méfaits du « retour du religieux ».  
Censées favoriser la paix, les religions  sont pourtant devenues l’un des leviers de guerre les plus puissants.  C’est surtout le cas des religions monothéistes  dont l’histoire est entachée de multiples exemples d’intolérance et de fanatisme. Alors que dans l’Antiquité, nul État conquérant ne nourrissait la prétention de convertir de gré ou de force à ses dieux les peuples qu’il subjuguait. Et qu’Hadrien avait bâti à Rome  le Panthéon, temple de tous les dieux   
 « Le XXIe  siècle sera religieux ou ne sera pas », prophétisait Malraux. Il a eu  raison contre Nietzche qui avait prononcé la mort de Dieu. Ou  contre Max Weber, qui fit  de l’histoire de l’Occident moderne celle du « désenchantement du monde », de la sortie du monde magique de la religion. Alors  qu’il y a trente ans à  peine la   religion semblait être  en déclin  ou  reléguée  à la sphère  privée  on observe une tendance inverse.  Sauf que cette « revanche de Dieu   » selon l’expression de Gilles Kepel,  reflète moins un regain de foi que des crispations  identitaires  parfois meurtrières,  une  instrumentalisation  politique  de la   religion  et   une recrudescence des conflits  civils  ou interétatiques à  caractère ethnico-religieux 
C’est  au sein de l’islam  que le retour du religieux  revêt une forme aussi violente, avec la résurgence du clivage vieux de quatorze siècles  entre chiites   et sunnites, et les conflits meurtriers  dont le Moyen-Orient et l’Afrique  sont le  théâtre. Alors que le processus de sécularisation  entamé  par les régimes  arabes laïcs  semblait irréversible, des  mouvements islamistes comme les Frères musulmans et les salafistes  prônant  le retour à la charia ont le vent en poupe.    Certes ils se sont avérés  ont incapables d’apporter une solution aux problèmes économiques et sociaux des  pays ou ils ont  pris le  pouvoir  comme en Egypte et en Tunisie.    Mais  du moins ont- ils  ont largement réussi  à islamiser la société par le bas.   La  remise en cause de la  révolution du dévoilement  des femmes  constituant une des manifestations  les plus visibles de   cette  régression  socioculturelle.  Comme dans le monde arabe,  la réislamisation avance à grand pas en Turquie  dont la politique étrangère est de plus en plus panislamiste.
En Occident   la déchristianisation  et la crise des valeurs ont entrainé la montée des fondamentalismes catholiques et protestants. Et le même phénomène  s’observe au sein de l’orthodoxie et du judaïsme. Mais  qui a-t-il de commun entre  un zélateur de Mgr. Lefebvre ou un intégriste protestant qui prône une lecture littérale de la Bible et nie la théorie darwinienne  de l’évolution et un kamikaze jihadiste ?   Alors que  les  Occidentaux  ne sont plus prêts à  se battre et  à mourir pour leur foi,  le fanatisme  millénariste des jihadistes frise le nihilisme.     
Les   atrocités commises par  Daesh, Boko Haram et Al Qaeda  ont favorisé  l’amalgame entre islam,  intolérance et obscurantisme.   Tandis que les attentats islamistes en Europe ont favorisé la montée de l’extrême droite et  l’islamophobie.   Il existe en Europe une   réelle peur de l’islam, lequel  formerait,  selon les termes utilisés par Toynbee   à  propos des invasions barbares de l’Empire romain, un  « prolétariat intérieur » et un « prolétariat extérieur » frappant aux portes du vieux continent à la démographie en berne et menaçant sa civilisation. Jouant  sur cette peur de la menace musulmane  Michel Houelbeck décrit  dans son roman-fiction «  Soumission » une France gouvernée par un parti musulman en 2022. Et dans « Le suicide français », Eric Zeimour, analyse  la perte de valeurs qui, selon lui, caractérise la France depuis mai 68, et dénonce  le communautarisme et l’action corrosive de l’immigration musulmane sur le modèle de laïcité républicaine.
Sur un autre plan  la montée de l’islamisme politique  semble  confirmer  l’idée que  pouvoir politique  et  religion sont décidemment inséparables  dans l’islam. On  oublie  cependant   que pendant des siècles l’Europe chrétienne a connu une alliance indissoluble entre le trône et l’autel.  Le Moyen Âge fut émaillé de luttes d’influence entre les souverains et la papauté  pour qui le pouvoir spirituel devait avoir la primauté sur le pouvoir temporel. Jusqu’au XIXe siècle les  hommes de religion y eurent infiniment plus d’influence politique  que dans le  monde musulman,   où  il n’existe ni Eglise  ni papauté. C’est surtout le cas de l’islam sunnite alors que le clergé chiite est beaucoup plus structuré et hiérarchisé. 
Si l’Église catholique se consacre désormais essentiellement à sa mission spirituelle  et morale,  les papes de la Renaissance comme   Jules II et  Alexandre VI  furent aussi des chefs politiques et de guerre. C’est   le cas aujourd’hui  de  certains  clercs chiites  tels  Moktda el Sadr ou Hassan Nasrallah.   De ce point de vue ils  sont d’avantage en accord avec l’enseignement et l’exemple de Mahomet  qui fut aussi un chef politique et de guerre que les chrétiens avec celui du Christ. Lequel,   prenant le contre-pied du Dieu vengeur de l’Ancien Testament,  se fit l’apôtre de la non-violence. Et qui, en enjoignant ses disciples de «  rendre à César ce qui est à César, et à Dieu,   ce qui est à Dieu »,  avait clairement établi une distinction entre le politique et le religieux.
L’islam et la chrétienté ont   suivi des trajectoires inverses en termes  de tolérance religieuse. Comme en témoigne l’Inquisition, les pogroms anti-juifs et l’expulsion des musulmans et des juifs d’Espagne. Ces derniers trouvant d’ailleurs refuge au Maroc et dans l’Empire ottoman. Pour Arnold  Toynbee.  « Le plus  grand désastre qui soit arrivée à la chrétienté a peut- être été la conversion de Constantin au christianisme et, par la suite,   l’immixtion,  de César dans les affaires de Dieu, et de l’Église de Dieu dans les affaires de César. Le second désastre a été la transformation de l’Église, qui de persécutée pour le Christ, a persécuté au nom du Christ ».
Ne peut- on pas  aussi affirmer que  deux des  plus grands désastres qui soient arrivés  à l’islam contemporain ont peut être  été la découverte du pétrole dans le foyer  du wahhabisme,  ainsi que   la  doctrine   du « wilayat el faquih »  réunissant   en la personne du guide suprême iranien   l’infaillibilité  dont jouissent les papes avec le pouvoir de César ?  Innovation  contraire à  la tradition islamique et s’apparentant au  céraropapisme instauré par Constantin.
 Des croisades à la prise de Constantinople par les Ottomans, en passant par la Reconquête espagnole, la religion a servi à légitimer les visées hégémoniques réciproques de la chrétienté et de l’islam. Et leur lutte séculaire a été émaillée de guerres qualifiées de « saintes». Chacun des belligérants estimant que Dieu était de son côté. Montaigne disait  toutefois  « qu’une guerre étrangère est un mal bien plus doux qu’une guerre civile ». Les guerres de religions entre protestants et catholiques, comme celles entre chiites et sunnites, ont  ainsi  revêtus un caractère aussi implacable que celles entre musulmans et chrétiens. Ce fut le cas des  guerres de religion qui ont  déchiré l’Europe entre le  XVIe  et le XVIe siècle.  Et en particulier de la guerre de Trente Ans.
La guerre de Trente ans
Plusieurs politologues  évoquent    d’ailleurs  cette  guerre   à  propos de la durée probable de la guerre  entre   la « coalition internationale »  et le   terrorisme islamiste,  et  des guerres civiles à caractère   ethnico- religieux en Syrie et en Irak.   Au  delà d’une  question de durée,  ne peut-on pas  aussi faire  un parallèle entre les causes, la  nature  et les conséquences  de ces  conflits ?   Causée par  la   fracture    politico-religieuse entre  Protestants et catholiques consécutive  à la  Réforme,   la désastreuse guerre de Trente ans  a ravagé l’Allemagne  entre 1618 et 1648.  
Elle a   été déclenchée par le  soulèvement des protestants  tchèques de Bohême   contre la politique  discriminatoire de  Ferdinand II,  souverain du Saint-Empire Romain-germanique.   Ce fut la fameuse défenestration de Prague  suivie d’une répression brutale qui n’est pas s’en rappeler ce qui s’est passé  après les premières manifestations contre le régime syrien. Le conflit se propagea  rapidement  à   toute l’Allemagne  et fut  marqué par des  atrocités et des massacres  indicibles de part et d’autre,  lot commun des  guerres de religion.  Les exactions sont nombreuses même si elles n’ont pas  été filmées comme les horribles égorgements rituels commis par Daech : tortures, exterminations en masse d’innocents, viols, assassinats, etc. Des épisodes comme ceux du sac de Magdebourg ou les atrocités commises au Palatinat et en Franche Comté marquent les esprits pour des décennies, et restent dans la mémoire collective pendant plus d’un siècle, alimentant un cycle infernal de représailles et de vengeance.  
Le conflit  entraîna  l’intervention de  plusieurs Etats étrangers  : l’Espagne aux côtés  des Habsbourg d’Autriche, bras armé  de   la Contre-réforme  catholique,  le Danemark et  la Suède  luthériens ainsi que la France   catholique aux côtés des princes protestants  allemands.  Bien  que combattant les  huguenots  sur son  propre sol, la France  était   prise en étau entre les Habsbourg de Madrid et de Vienne   d’où  ce choix  apparemment paradoxal dicté par  la realpolitik de Richelieu et Mazarin. Avant d’intervenir militairement dans le conflit, elle s’était contentée  au début d’appuyer financièrement  les ennemis  de l’empereur  comme l’ont fait aujourd’hui le Qatar  et l’Arabie Saoudite   pour les  ennemis de Bachar el Assad.   
Les  conséquences politico-religieuses  de la guerre   furent profondes  en Europe.  Elle consacra le principe du   « cujus regio ejus religio » institué par le traité  d’Augsbourg (1555)  en vertu duquel   les sujets sont tenus d’adopter la religion de leur prince. Ce principe avait débouché sur une relative homogénéisation religieuse des Etats européens   qui se  traduisit  par des expulsions  comme celle des huguenots de France a la suite de la révocation de l’édit de Nantes  et des exodes de populations allogènes voire des épurations ethnico-religieuse. Les traités de Westphalie qui mirent fin à la guerre en 1648   consacrèrent  la division religieuse de l’Allemagne, son émiettement politique et l’affaiblissement  du pouvoir impérial. Ils  profitèrent surtout à la France  de Louis XIV dont ils consacrèrent la prépondérance pendant un demi-siècle en Europe. Ils jetèrent aussi les bases d’un système nouveau de relations internationales fondé sur  la pluralité des Etats souverains.  
Les guerres civiles  en Irak et en Syrie
Revêtant le même degré de barbarie que  la guerre de Trente Ans,   les guerres  civiles  en Irak, et en  Syrie ont, comme celle-ci, eut pour causes directes des   politiques discriminatoires  et sectaires.  En l’occurrence celle des régimes syrien et irakien envers les sunnites.   Même si le ressentiment vengeur de ces derniers, s’agissant de l’Irak,  est largement du aux conséquences désastreuses de l’invasion américaine. 
Comme en Allemagne,  les conflits syrien et iraquien  ont  rapidement dépassé  le cadre local.  Leur  implication  sur   le rapport de force  entre les axes chiite et sunnite,  les   risques  de déstabilisation de  la région  et  le danger de terrorisme transnational ont  entraîné l’intervention  des  puissances  occidentales  et  de leurs voisins :   l’Iran   et le Hezbollah aux  côtés  des chiites  et des alaouites,  la Turquie, la Jordanie,  l’Arabie Saoudite et les autres monarchies pétrolières aux  côtés  des sunnites. Cependant  ces derniers, sont   maintenant  contraints  de devoir combattre un double ennemi : le régime  syrien et Daech. C’est le cas en particulier de l’Arabie Saoudite qui, après avoir  financé  et armé  les mouvements jihadistes,  redoute   maintenant  leur  retournement contre elle.  Et  malgré le fondement  wahhabite de l’idéologie de Daech s’est jointe  aux condamnations des  crimes  contre l’humanité perpétrés par l’organisation  qui  n’épargne  pas les musulmans. Tandis que les Etats-Unis ne semblent plus vouloir la chute de Bachar el Assad considéré comme un rempart contre l’islamisme radical. Et vont peut-être signer un accord avec l’Iran qui bouleverserait la scène géopolitique  régionale.   
 Les guerres civiles  en Libye et au Yémen   revêtent  quant à elles pour le moment un  caractère davantage  local. Cela,  bien que la dernière intervention égyptienne en Libye  qui fait figure d’Etat failli préfigure sans doute une internationalisation du conflit dans ce pays.  Et que l’Arabie Saoudite et l’Iran, sans intervenir militairement dans le conflit yéménite,  soutiennent  leurs protégés respectifs : les  Houttis  chiites qui dominent le Nord et les sunnites le Sud, ce qui  peut déboucher sur une division du pays. Un autre parallèle avec la guerre de Trente Ans qui avait brisé  l’unité  politique et religieuse du Saint-Empire romain germanique peut être  fait  concernant la probable   transformation en lâches confédérations   de  l’Irak et de la Syrie ou  leur partition en entités plus ou moins homogènes sur le plan ethnico religieux combinée  avec une possible remise en cause des frontières héritées de l’accord Sykes-Picot.  Les chrétiens  d’Orient dont le nombre se réduit déjà comme peu de chagrin constituant les victimes collatérales de ces développements.  Quand ils ne sont pas visés directement par Daech.         
Malgré  la tourmente que traverse la région, le Liban semble devoir échapper au sort tragique de ses voisins syrien et irakien. Son système de partage communautaire du pouvoir s’est en définitive avéré plus résilient que leurs régimes autoritaires. Et il  représente  sans doute le  modèle de solution politique le plus approprié  pour ces deux pays. La laïcité  formelle que prétendait incarner le Bath syrien et irakien ayant échoué  à  effacer le sentiment d’appartenance communautaire. 
De même que les traités  de Westphalie avaient établis la prépondérance de la France au XVIIe siècle, il  est probable que la balkanisation  du Levant  arabe, ainsi que   le vide de puissance créé par le désengagement  relatif des Etats-Unis  ne conforte l’hégémonie des deux puissances régionales historiques rivales  : l’Iran   dont l’influence s’exerce déjà en Irak, en Syrie  au Liban et au Yémen,  et  la Turquie post-kémaliste,  héritière  de l’Empire ottoman , et  candidate au rôle d’Etat-phare de l’islam sunnite.  Enfin  la résurgence du  conflit  entre les millénarismes chiites et sunnites  dont se réclament les Ayatollahs iraniens et le nouveau « calife » autoproclamé  n’est pas de ceux qui s’effacent  en une génération. Même si Daech venait à être vaincu  militairement, cela ne résoudrait pas pour autant le problème du fanatisme  et du terrorisme islamiste.  Le combat  contre ce fléau se situe  en effet  moins sur les champs de bataille qu’au niveau  politique,  idéologique et de la société.
L’Europe et l’islamisme  radical  
C’est le cas en Europe et en France ou les récents attentats contre Charlie  Hebdo et un hypermarché casher ont soulevés une immense émotion et  suscité d’intenses débats, et d’innombrables commentaires sur les réseaux sociaux, notamment sur les rapports entre les communautés musulmane, juive et chrétienne de France,  ainsi que sur la liberté de la presse. Certaines voix ayant évoqué les limites à ne pas dépasser et déploré l’inutile provocation auquel s’est livrée Charlie Hebdo. La proclamation «  Je suis Charlie »  est en effet  ambigüe et il existe une différence entre appuyer la liberté d’expression, dénoncer la barbarie  et approuver les provocations d’un journal qui exploite la haine des religions. Le Premier ministre israélien, quant à lui, n’a pas manqué d’instrumentaliser  la peur des Français de confession juive pour les inviter à émigrer en Israël.
Les cibles des attentats : un commerce « juif » et des journalistes ayant caricaturé le Prophète , montrent toutefois qu’il s’agit moins d’un problème spécifique à l’Hexagone que  global. Certes, ils ont été perpétrés par des citoyens français. Mais cela ne devrait pas conduire à les expliquer principalement par l’exclusion dont seraient victimes les musulmans français. Ils sont en effet largement liés à d’autres facteurs.   Conflit israélo-arabe à forte dimension religieuse alimentant l’hostilité des musulmans envers les Juifs. Et guerre contre les groupes jihadistes menée par l’Occident dont la France est le fer de lance en Afrique. Ce qui n’a pas empêché le gouvernement français de réaffirmer sa détermination à ne pas renoncer à sa participation à cette nouvelle guerre mondiale, différente de celles qui l’ont précédée.
Du point de vue des gouvernements européens  la lutte contre le terrorisme islamiste a implique de multiples  défis :   trouver  un équilibre entre sécurité et liberté. Pallier au sentiment d’exclusion des populations musulmanes  issues de l’immigration.  Lutter contre la propagande islamiste sur les réseaux sociaux. Et favoriser l’éclosion d’un islam européen   en formant des   prédicateurs locaux et en réglementant les financements étrangers des institutions musulmanes. De  la manière dont l’Europe relèvera ces défis  dépendra en partie la réalisation ou non de la prophétie  du choc des civilisations.
Il existe à ce propos deux modèles différents. Le modèle français de laïcité républicaine  et le communautarisme à l’anglo-saxonne. Alors que  la République française  ne reconnait que les individus et considère que le communautarisme est une idéologie pernicieuse,  en Angleterre une loi interdisant le port du voile islamique  dans les établissements publics  serait impensable. Au nom des libertés, le communautarisme y est au contraire considéré comme un facteur de paix sociale favorisant le vivre-ensemble au sein de la société. Pour ses défenseurs, le modèle anglo-saxon de sécularisation est supposé se prêter mieux au respect des valeurs religieuses et communautaires que la laïcité à la française.  Sans préjuger des mérites  respectifs de ces deux modèles il faut constater   que les pays européens rencontrent  les mêmes  difficultés   à  assurer l’intégration d’une population musulmane  en pleine croissance. Et le Premier ministre britannique lui-même  a reconnu l’échec du modèle communautariste.
Une réforme de l’islam ?
C’est surtout au niveau  du monde  musulman   que se situe l’enjeu  principal de la lutte contre l’islamisme radical. Entreprise   de longue halène  qui commence à  l’école et qui est autant de la responsabilité des chefs politiques que religieux.   Même si les conflits  actuels  sont  moins liés  à tel ou tel verset du Coran qu’ à  des causes  profanes,  ils  soulèvent le problème de la  réforme de l’islam.   Il  se heurte  toutefois à  l’absence d’une autorité religieuse supérieure au sein de l’islam sunnite, telle que celle  des papes  du concile de Trente  (1545-1569)  qui initièrent la Contre-réforme catholique. En dépit de  l’impossibilité  d’une véritable réforme de l’islam,  et face  à  l’obscurantisme wahhabite,  nombre de clercs et d’intellectuels  musulmans libéraux appellent  du moins à   réinterpréter  le Coran et la  jurisprudence, en harmonie avec la déclaration d'al-Azhar de 2012 de faire prévaloir la raison sur l’interprétation littérale des textes.  Savoir si cela contribuera  également   à apaiser la querelle vieille  de quatorze siècles entre chiites et sunnites  est une question qui déborde le cadre de mon propos et  mes compétences et que  je laisse aux islamologues.   
Ibrahim Tabet

Mars 2015 
La faillite d’un monde    
L’histoire du monde arabe depuis la chute de l’Empire ottoman n’est qu’une longue suite d’échecs et de désillusions. La Nahda a échoué car elle n’a pas débouché sur une réforme de l’islam. Ses élites ont été écartées du pouvoir par les régimes socialo-militaires mis en place, peu après l’indépendance, en Égypte, en Irak et en Syrie. L’humiliation de la défaite arabe de 1967 face à Israël et leurs piètres performances économiques achevèrent de les discréditer. Un basculement se produisit alors à partir des années 1970-1980. Coïncidant avec la chute du communisme, à la foi modèle et allié,  il consacra l’échec du nationalisme arabe unitaire et des régimes socialo-militaires de la région. Ces échecs ont ouvert la voie à  l’islamisme politique et au fondamentalisme wahhabite soutenu par l’Arabie Saoudite. Tandis que les mouvements chiites étaient  soutenus par les mollahs iraniens qui ont instauré en Iran la seule théocratie au monde. Alors que la plupart des pays musulmans avaient restreint le domaine d’application de la charia au droit de la famille, et adopté pour le reste des lois modernes d’inspiration laïque, les mouvements islamistes se sont donné pour objectif d’annuler ces réformes  notamment l’émancipation juridique de la femme effective dans certains pays. La vie intellectuelle et culturelle témoigne d’une même régression.
Alors que l’Asie  est en voie de  rattraper  son retard économique et technologique sur l’Occident et que la plupart des pays d’Amérique latine se sont converti à la démocratie,  le  monde arabe est la région de la planète où,  à   l’exception de l’Afrique subsaharienne, l’homme d’aujourd’hui a le moins de chance de s’épanouir. Malheureusement pour eux, au lieu de le reconnaître, les Arabes ont trop tendance à  verser dans la théorie du complot, attribuant  leurs malheurs à une mythique « conjuration américano-sioniste. »  Agressions contre les coptes et retour des militaires au pouvoir en Égypte. Bain de sang, atrocités et dérive jihadiste du soulèvement en Syrie.  Guerres civiles sectaires opposant les sunnites aux chiites en Irak et aux alaouites en Syrie. Menace d’éclatement de ces deux pays.  Chaos tribal en Libye qui fait figure d’État failli. Fanatisme génocidaire  et iconoclaste du prétendu « État islamique ».  Menace  terroriste qu’il fait peser sur la région et le monde.  Epuration ethnique dont sont victimes les communautés chrétienne et yazidi d’Irak.   
Ces développements dramatiques  sont le symptôme de deux crises plus profondes qui se nourrissent mutuellement : la crise de l’islam, et la faillite d’un monde arabe miné par ses divisions, l’absence d’état de droit et de libertés et le bilan économique et social désastreux de régimes autoritaires et corrompus.  Ce sombre tableau semble accréditer la thèse selon laquelle l’islam constitue un obstacle à la liberté, à la science et au développement économique. Mais si tel est le cas comment se fait-il qu’il ait autrefois brillé dans ces trois domaines ? Qu’un pays comme la Turquie, bien que dépourvu de pétrole jouisse d’un régime démocratique et d’une croissance économique soutenue ? Et que l’Iran ait atteins un niveau scientifique et technologique appréciable. Ce qui amène à mettre en cause autant l’arabisme que l’islam.  La question n’étant pas seulement : «  qu’est-ce-que l’islam a fait des Arabes, mais qu’est-ce-que les Arabes ont fait de l’islam 

Ibrahim Tabet 

Friday, June 26, 2015

La Turquie et la Syrie
Le  sérieux revers électoral de l’AKP (Parti de la Justice et du Développement)  et de son chef, Recep Tayyp Erdogan,  aura surement des conséquences sur la politique intérieure et étrangère  turque.  Expression d’un désaveu de la mégalomanie de celui qu’on a surnommé le nouveau sultan, il brise son rêve de  modifier la Constitution et de s’arroger  plus de pouvoir. Il ouvre aussi  une  période d’incertitude au vu la difficulté de former une coalition entre l’AKP et les trois autres partis dont les positions  sont non seulement  très différentes des siennes, mais  entre elles : le  CHP, parti néo kémaliste laïc opposé à   l’islamo conservatisme de l’AKP, le HDP pro kurde,  et le MHP,  parti nationaliste d’extrême droite farouchement  opposé à  toute concession envers les Kurdes. Enfin  il montre que le courant laïc, héritier du kémalisme,  n’a pas dis son dernier mot,  ce qui pourrait mettre un frein à  la politique d’islamisation de  l’AKP.     
Sur la scène régionale, l’AKP a  subi  un autre échec avec la  déroute des Frères Musulman  en Egypte dont il avait  été un des plus fervents soutiens. En Syrie Erdogan n’a eu de cesse de réclamer la tête de Bachar el Assad.  Ankara a apporté un soutien sans failles aux organisations islamistes combattant le régime syrien. Et la  Turquie, pourtant membre de l’OTAN et alliée des Etats-Unis,  constitue la base arrière de Daech, sans doute autant par hostilité envers le régime syrien que du fait de sa crainte de la constitution d’une entité kurde autonome à sa frontière avec la Syrie. Il est trop tôt pour prédire ce que sera la nouvelle politique turque envers la Syrie. Il est cependant probable que l’AKP soit amené à composer avec les autres partis qui sont moins enclins à soutenir les groupes jihadistes radicaux.

L’Iran, autre grande puissance régionale, est aussi sans doute à la veille de connaître  des changements   importants. Un éventuel accord sur  le nucléaire  suivi de  la levée progressive des sanctions peuvent avoir des répercussions sur sa  politique étrangère, en particulier en Syrie dont elle soutien le régime à  bout de bras et à  grand frais.   De leurs côtés, les Etats-Unis ne veulent en au cas  de l’installation d’un pouvoir islamiste radical à  Damas, et la Russie   semble  souhaiter une solution politique qui préserve ses  intérêts,  impliquant  les forces les moins extrémistes de l’opposition et des cadres du régime, quitte à  sacrifier la personne de Bachar el Assad. Cela  pourrait entrouvrir à long  terme la perspective d’un compromis. Mais  il  n’est pas sûr que les protagonistes locaux soient enclins à  se plier aux pressions de leurs parrains étrangers. On  est encore très loin d’une solution.  Sans compter que d’importants développements militaires peuvent intervenir sur le terrain. En cas de nouveaux revers, le régime pourrait être acculé à se replier sur un réduit allant de Damas au littoral en passant par Homs et Hama.  Daech et Al Nosra  ne manqueront pas de vouloir l’en déloger et  finiront probablement par s’engager dans une lutte à  mort pour  contrôler  les autres régions, notamment Alep, ce qui prolongerait le conflit

Ibrahim Tabet

Thursday, June 25, 2015

Charlie Hebdo et après ?
On ne peut comprendre  les questions  soulevées par  les attentats terroristes  de janvier 2015  à  Paris contre Charlie Hebdo  et un hypermarché casher,  sans les situer dans le contexte   du modèle  français de laïcité  républicaine et de la place de l’islam en France.  Je me propose  ensuite d’aborder les questions des défis posés par la guerre contre  le terrorisme islamiste,  l’intégration des musulmans et les risques de communautarisme.
Laïcité et anticléricalisme
La genèse du modèle  français de laïcité qui constitue une exception mondiale  dans sa radicalité  remonte à  la Révolution.   L’alliance entre le trône et l’autel fit qu’à l’époque  les révolutionnaires  français  ne pouvaient  qu’abattre à  la fois  le pouvoir monarchique  et celui  de l’Eglise. Anticléricalisme dont héritèrent les radicaux-socialistes sous la Troisième République   qui menèrent une véritable guerre contre la religion catholique  avec  la fermeture des écoles religieuses, l’interdiction et l’expulsion des congrégations de l’Hexagone et la  rupture des relations diplomatiques avec le Saint-Siège.  Cette guerre   ne prit fin qu’avec le vote de la loi de 1905  de séparation de l’Eglise et de l’Etat. Et quand le général de Gaulle revint aux affaires il ne  manqua pas de souligner : «  la République est laïque, mais la France est chrétienne ».       
Il existe cependant toujours en France une sorte de fondamentalisme laïc  anticlérical,  concomitant avec la déchristianisation du pays. Culture à  laquelle  appartient Charlie Hebdo qui n’a pas  non plus épargné les symboles religieux  chrétiens.   Et qui se manifeste par l’acharnement du Parti socialiste à saper les fondements de la morale chrétienne avec par exemple la légalisation  du mariage pour tous.
La question musulmane
À partir des années 1960, le principal défi posé au modèle républicain français est l’intégration économique et sociale de la communauté musulmane et son interférence avec le problème algérien.  Dans une conversation privée avec Alain Peyrefitte en 1959,  Charles de Gaulle a aussi mis en avant les racines chrétiennes de la France (il s'agissait alors pour lui de démontrer l'impossibilité d'une fusion de la France et de l’Algérie voulue par les partisans de l’Algérie française) et il évoquait les conséquences d'une augmentation de l'islam en France : «  si  l'Algérie était intégrée sans restrictions à la  métropole, si tous les  Arabes et Berbères d’Algérie étaient considérés comme Français, comment les empêcherait-on de venir s'installer en métropole, alors que le niveau de vie y est tellement plus élevé ? Mon village ne s'appellerait plus Colombey-les-Deux-Eglises mais Colombey-les-Deux-mosquées ! »
Avec la politique de regroupement familial,  la France devint  le pays européen ayant la plus forte proportion et le plus grand nombre de musulmans. C’est aussi le seul ayant un tel contentieux historique avec une partie de sa population musulmane  dont la mémoire collective reste marquée par la guerre d’Algérie.  L’augmentation  de la population musulmane et sa concentration dans certains quartiers des grandes villes et leurs banlieues soulignent l’importance de la question. L’écrasante majorité des musulmans se comportent conformément aux lois et pratiques de la République. Mais des études font état d’un lien entre immigration et délinquance, tout en l’attribuant au chômage et à l’exclusion. De larges franges de l’opinion s’inquiètent d’un éventuel danger, du moins culturel, lié à l’islamisme, pour le pays. Inquiétude qui favorise la montée de l’islamophobie qui a remplacé l’antisémitisme. Ainsi que  celle de .l’extrême droite représentée par le Front National. Une des réponses apportée à ce problème par le gouvernement a été la création en 2002 d’un Conseil français du culte musulman afin d'organiser une représentation des musulmans français. Cela, bien que l'État français ne reconnaisse pas légalement les origines ethniques et religieuses.
L’affaire du voile à l’école éclata à cette époque. Votée en mars 2004, une loi interdit les « signes manifestant ostensiblement une appartenance religieuse à l’école ». Au-delà d’une affirmation identitaire, le port du voile traduit souvent une attitude de défi. Comment expliquer autrement que des jeunes femmes veuille  porter ce signe ostensible d’appartenance religieuse qui  les expose au rejet de l’autre ? Afficher ainsi sa différence (pour ne pas parler de revendications de type religieux dans les cantines d’écoles, piscines, hôpitaux ou autres…) ne fait qu’accroître l’islamophobie.  Face à ce problème Nicolas Sarkozy décide de créer un ministère de l’immigration et de l’identité nationale. Il s’agissait de substituer «  un islam de France à un islam en France ». Mais devant le peu de succès de cette politique il lance, en janvier 2010, un débat sur l’identité nationale. Ayant entrainé une polémique sur l’islam et des dérapages xénophobes, ce débat est toutefois abandonné.
Les attentats terroristes de janvier 2015
Commis par de jeunes musulmans français endoctrinés par El Qaeda, les attentats terroristes islamistes, perpétrés à Paris en janvier 2015, contre Charlie Hebdo et un hypermarché casher risquent de raviver l’islamophobie. Cela, bien que les responsables politiques, président de la République en tête, aient mis en garde contre la  tentation de l’amalgame et appelé à l’unité nationale ; et que les autorités religieuses musulmanes de France les aient vivement dénoncés. Le retentissement de ces événements dans le pays et dans le monde a été considérable. Dans le monde musulman l’opinion était, comme il fallait s’y attendre,  partagée entre réprobation et soutien. La majorité modérée jugeant ces actes criminels comme  néfastes à l’image de l’islam. Et les milieux islamistes radicaux s’en réjouissant. En France des millions de personnes ont participé, à travers le pays, à des « marches républicaines » de solidarité envers les victimes et pour la défense de la liberté d’expression, auxquelles se sont associés, à Paris, une quarantaine de chefs d’État et de gouvernement étrangers. Ils ont suscité d’intenses débats, et d’innombrables commentaires sur les réseaux sociaux, notamment sur les rapports entre les communautés musulmane, juive et chrétienne de France. Ainsi que sur la liberté de la presse. Certaines voix ayant évoqué les limites à ne pas dépasser et déploré l’inutile provocation auquel s’est livrée Charlie Hebdo. La proclamation «  Je suis Charlie »  est en effet  ambigüe et il existe une différence entre appuyer la liberté d’expression, dénoncer la barbarie  et approuver les provocations d’un journal qui exploite la haine des religions. Le Premier ministre israélien, quant à lui, n’a pas manqué d’instrumentaliser  la peur des Français de confession juive pour les inviter à émigrer en Israël.
Les cibles des attentats : un commerce « juif » et des journalistes ayant caricaturé Mahomet, montrent toutefois qu’il s’agit moins d’un problème spécifique à l’Hexagone que d’une menace globale. Certes, ils ont été perpétrés par des citoyens français. Mais cela ne devrait pas conduire à les expliquer principalement par l’exclusion dont seraient victimes les musulmans français. Ils sont en effet largement liés à d’autres facteurs : crise de l’islam et montée du fanatisme islamiste. Conflit israélo-arabe à forte dimension religieuse alimentant l’hostilité des musulmans envers les Juifs. Et guerre contre les groupes jihadistes menée par l’Occident dont la France est le fer de lance en Afrique. Ce qui n’a pas empêché le gouvernement français de réaffirmer sa détermination à ne pas renoncer à sa participation à cette nouvelle guerre mondiale, différente de celles qui l’ont précédée. Le défi étant de trouver, sur la scène intérieure, un équilibre entre liberté et sécurité. Les autres risques étant un regain du discours communautaire et la peur d’une supposée menace musulmane. Par pure coïncidence d’ailleurs, au moment où se déroulaient ces événements, jouant sur cette propension des Français à se faire peur. Michel Houelbeck décrivait dans son roman-fiction «  Soumission » une France gouvernée par un parti musulman en 2022. Et dans « Le suicide français », Eric Zeimour, analysait la perte de valeurs qui, selon lui, caractérise la France depuis mai 68, et dénonçait le communautarisme et l’action corrosive de l’immigration musulmane sur le modèle de laïcité républicaine.
L’exception française
En Grande-Bretagne  les signes ostentatoires d’appartenance religieuse ou ethnique dans l’espace public ne choquent plus personne. Et une loi interdisant le port du voile islamique dans les établissements d’enseignement et la fonction publique serait impensable. Au nom des libertés, le communautarisme y est au contraire considéré comme un facteur de paix sociale favorisant le vivre-ensemble au sein de la société.  Dans  la  majorité des pays européens   l’Etat  est neutre : certains, comme l’Allemagne, connaissent un régime de concordat. Et il existe dans d’autres une religion officielle : le catholicisme en Irlande ; l’orthodoxie en Grèce ; le luthérianisme au Danemark ; et l’anglicanisme en Angleterre où le souverain est en même temps le chef de l’Église. Pour ses défenseurs le modèle anglo-saxon de sécularisation est supposé se prêter mieux au respect des valeurs religieuses et communautaires que la laïcité à la française. Sans vouloir trancher dans le débat sur les mérites ou les effets pervers respectifs des deux modèles, on ne peut que constater qu’ils rencontrent en Europe les mêmes difficultés à intégrer les  communautés musulmanes.
Dans ce contexte la réaffirmation par l’Europe de  ses  valeurs «  judéo-chrétiennes » peut    paraître  comme un antidote face au défi  supposé de l’islam. Lequel  formerait   selon la terminologie de Toynbee un « prolétariat intérieur » et un « prolétariat extérieur » frappant à ses portes et menaçant sa civilisation.  Cependant la prophétie du choc des civilisations n’avait pas prévu que la menace de l’islamisme radical  sur le monde musulman dépasse celle qu’il fait peser sur l’Occident 

Ibrahim Tabet